On ne les voit pas, on ne les sent pas pour la plupart : “Et pourtant, si on ne prend pas de précautions, de nombreux composés nocifs émis par les matériaux et produits de décoration peuvent contribuer à la mauvaise qualité de l’air intérieur”, souligne Souad Bouallala, ingénieure Qualité de l’Air à l’Ademe.

Ces dernières années, plusieurs mesures réglementaires ont contraint les fabricants à faire des efforts pour supprimer ou limiter certaines de ces substances dans leurs produits et, depuis septembre 2013, à y apposer une étiquette “émissions dans l’air intérieur”. Cet étiquetage, qui va de A+ (très faibles émissions) à C (fortes émissions), prend en compte les composés organiques volatils totaux (COVT) et une dizaine de substances individuelles, dont le formaldéhyde.

Une bonne nouvelle donc ? Oui, car cela permet de guider le choix des consommateurs. Mais…

“Le A+ me semble un minimum, précise le Dr Fabien Squinazi, médecin biologiste, membre du Haut conseil de Santé publique. L’idéal est d’aller vers des produits qui portent en plus des labels plus exigeants, à la fois sur le nombre de substances prises en considération et sur les seuils limites imposés.” 

Quelle peinture est la moins nocive ?

  • Les peintures “en phase aqueuse” (dites à l’eau), émettent beaucoup moins de COV que celles en “phase solvant” (dites à l’huile). Elles contiennent une petite proportion d’ingrédients (cosolvants, conservateurs…), moins nocifs mais pas neutres.
  • Les peintures minérales, à base de silicate pour les moins polluantes, ne contiennent ni pigments organiques, ni solvants, ni plastifiants ou conservateurs.
  • Les peintures mates, qui contiennent plus d’éléments minéraux, et les peintures blanches, sont souvent moins émettrices.

Quel est le revêtement de sol le plus sain ?

Les sols durs

Le carrelage reste le “meilleur élève” en termes d’émissions. De composition essentiellement minérale, il émet très peu, voire pas du tout de COV. Très bien aussi :

  • leparquet en bois massif, le plancher multicouches pouvant être une alternative car il contient peu de colle,
  • ou encore le stratifié porteur d’un label complémentaire.

Certains parquets en bois annoncent fièrement un classement E1, norme qui impose des émissions limitées en formaldéhyde, ce qui laisse le Dr Squinazi circonspect : “La valeur de référence retenue par cette norme, soit 124 μg/m3 d’air, est moins exigeante que celle de l’étiquette A+, soit 10 μg/m3.” Autrement dit, elle n’est pas franchement un gage de qualité sanitaire !

Les sols souples

Privilégiez le vrai linoléum, composé en grande partie ou en totalité de matières premières végétales (huile de lin, farine de bois, jute, résines naturelles). À ne pas confondre avec les revêtements synthétiques abusivement appelés “lino”, à base de PVC contenant des plastifiants émetteurs de phtalates, et qu’il est donc préférable d’éviter.

À noter toutefois : certains fabricants proposent désormais des revêtements en vinyle ou en PVC sans phtalates (Tarkett, Forbo…).

Faire le choix d’un revêtement végétal

Autre choix intéressant : les revêtements en fibres végétales tissées (sisal, coco, jonc de mer), en s’assurant que la sous-couche sur laquelle ils sont fixés soit d’origine naturelle (latex, feutre, jute…) et pas synthétique

Quel est le meilleur type de revêtement mural ?

  • Le carrelage : idéal dans les pièces humides, car il n’émet pas ou très peu de COV (à condition de choisir la bonne colle).
  • Le papier peint : évitez les papiers vinyle, recouverts d’une fine couche de PVC susceptible de libérer des phtalates. Les papiers dits traditionnels, seulement à base de fibres de cellulose, sont les moins polluants, mais ils ne conviennent pas aux pièces humides. Parce qu’ils sont imperméables, les papiers peints intissés, composés de cellulose et de polyester, peuvent être une alternative, à condition de choisir ceux exempts de PVC.
  • Les toiles en fibres de verre, par-dessus lesquelles on peut peindre, sont plus solides. Selon le Cerema (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement), bien que des irritations cutanées soient possibles lors de la pose, la taille des fibres de verre est trop importante pour qu’elles soient inhalées.
  • Les tissus muraux : préférer la pose tendue à la pose collée.

Quelle est la colle la moins toxique ?

“Même si on en utilise peu, les colles émettent beaucoup de COV, surtout du formaldéhyde”, signale Souad Bouallala. Pour les parquets et carrelages, il existe des colles qui, outre le A+ règlementaire, portent un label plus exigeant, mais d’après notre enquête, pas celles destinées aux papiers peints. Le mieux est d’aller vers des colles d’origine végétale (amidon de blé, cellulose, latex naturel…) et/ou celles qui mentionnent l’absence de solvants, de COV, de formaldéhyde et de résine de synthèse.

Les vieux meubles présentent l’avantage d’émettre moins de COV que les neufs. Néanmoins, un relooking nécessite quelques précautions. Si vous le décapez : optez pour des peintures ou vernis d’origine végétale (acide lactique, huiles…) sans solvants chlorés, acide, soude, potasse, paraffine ou conservateurs, qui peuvent émettre des COV et autres polluants.

Si vous souhaitez le protéger : privilégiez les huiles pour bois d’origine végétale, ou les vernis en phase aqueuse qui limitent les émissions de solvants dans l’air. Choisissez ceux qui portent la norme jouets EN 71-3.

Quels sont les matériaux d’isolation les plus écologiques ?

Les matériaux d’isolation peuvent contenir des substances toxiques irritantes, allergisantes ou cancérigènes : COV dans les mousses isolantes, biocides dans certains isolants biosourcés (fabriqués à partir de matériaux issus du monde végétal, animal ou de produits recyclés), particules et fibres provenant des laines (minérales, végétales ou animales). Or, comme le souligne l’Ademe, il n’existe pas de référentiels permettant d’affirmer qu’un produit est sain ou non. Le mieux est donc de privilégier ceux classés A+ et porteurs d’un label complémentaire.

Bricoleur amateur ?

Mieux vaut recourir à un professionnel car non seulement le choix de l’isolant dépend de nombreux facteurs (endroit à isoler, isolation thermique et/ou sonore, niveau d’efficacité recherché…), mais si la pose est mal faite, les problèmes de pollution intérieure peuvent apparaître ou s’aggraver. Sans compter la possible présence d’amiante (sols, plafonds…) dans les bâtiments bâtis avant 1997.

Bricolage et décoration : à quels écolabels peut-on se fier ?

Ange bleu 

  • Principaux produits concernés : peintures, revêtements de sol, isolants, parquets, ragréage.
  • Polluants pris en compte : composés organiques volatils totaux (COVT), formaldéhyde, pesticides, dioxyde de titane, certains métaux lourds, phtalates, retardateurs de flamme bromés et organochlorés…
  • Spécificités : réputé le plus strict de tous les labels, mais moins exigeant que l’étiquette A+ pour le formaldéhyde.

Emicode® EC1 ou EC1Plus

  • Principaux produits concernés : produits de pose pour revêtements de sol (colles, mortiers, primaires…), vernis parquet.
  • Polluants pris en compte : COVT, Composés organiques semi-volatils totaux (COSVT), formaldéhyde, acétaldéhyde, garantit l’absence d’émissions de substances cancérigènes.
  • Spécificités : plus exigeant que la mention A+ pour les COVT, mais moins pour le formaldéhyde. La version ECPlus est plus stricte que EC1.
  • Principaux produits concernés : moquettes et tapis.
  • Polluants pris en compte : COVT, formaldéhyde, acétaldéhyde, toluène, tétrachloroéthylène, éthylbenzène, styrène…
  • Spécificités : valeurs limites de chaque substance prise séparément, inférieures à celles définies par la mention A+.

Indoor Air Comfort

  • Principaux produits concernés : revêtements de sol souples, produits d’isolation, peintures, papiers peints.
  • Polluants pris en compte : COVT, COSVT, formaldéhyde, acétaldéhyde…
  • Spécificités : en version “standard” ou, plus exigeante, en version gold” : critères équivalents, voire supérieurs, à l’étiquetage A+.

Natureplus®

  • Principaux produits concernés : peintures, revêtements de sol, isolants, vernis.
  • Polluants pris en compte : COVT, COSVT, formaldéhyde, acétaldéhyde, styrène
  • Spécificités : moins strict que l’étiquetage A+ pour le formaldéhyde, davantage pour les autres polluants.

Nordic Swann

  • Principaux produits concernés : parquets et panneaux bois.
  • Polluants pris en compte :  COVT, COSVT, formaldéhydes… Interdit certains colorants, métaux lourds et pesticides considérés dangereux par l’OMS…
  • Spécificités : plus strict que l’étiquette A+ pour les COVT, moins pour le formaldéhyde.

Oeko-Tex® Standard 100

  • Principaux produits concernés : tissus muraux et toiles.
  • Polluants pris en compte : COVT, formaldéhydes… Interdit aussi les pesticides, colorants azoïques, métaux lourds…
  • Spécificités : valeurs limites plus exigeantes pour les COVT, moins pour le formaldéhyde.

RAL Tapeten®

  • Principaux produits concernés : papiers peints.
  • Polluants pris en compte : COVT, formaldéhyde, métaux lourds… Interdit certains plastifiants.
  • Spécificités : plus strict que l’étiquette A+ pour les COVT.

Tüv Süd

  • Principaux produits concernés : peintures (en France).
  • Polluants pris en compte : COVT, COSVT…
  • Spécificités : émissions de COVT , contre 1 000 μg/m3 28 jours après pour l’étiquette A+.

Zone verte Excell et Excell+

  • Principaux produits concernés : revêtements de sol, peintures, traitement du bois, isolants.
  • Polluants pris en compte : cétones, alcools, éthers de glycol, formaldéhyde, acétaldéhyde, terpènes, solvants, amines, certains retardateurs de flammes et plastifiants (phtalates).
  • Spécificités : exclut ou définit des seuils de certains phtalates, pesticides et composés odorants non toxiques mais désagréables.

L’Ecolabel européen et NF environnement, un plus ?

Oui. “Vertueux” pour l’environnement, ces labels ne considèrent pas les émissions, mais restreignent la teneur en COV et autres substances dangereuses dans la composition.


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