La France fait partie des pays occidentaux qui a l’un des plus forts taux de tabagisme, et notamment chez les jeunes. Effectivement, le bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) du 29 mai 2018 montre que 61 % des lycéens et lycéennes ont déjà fumé au cours de leur vie et que 23 % d’entre eux fument même quotidiennement. D’après le Comité national contre le tabagisme (CNCT), la première cigarette, elle, serait fumée, en moyenne, entre l’âge de 11 et 12 ans, au moment de l’entrée au collège. Ce taux de tabagisme est relativement stable depuis les années 2000.

Davantage de tabagisme dans certaines filières scolaires

Tous les adolescents et adolescentes ne sont pas égaux face au tabac. Ainsi, l’enquête du BEH montre que les jeunes scolarisés dans des filières scolaires techniques ou professionnelles ont plus de probabilité de fumer précocement que les autres.

Pourquoi les jeunes fument-ils ?

L’adolescence est une période de la vie critique sur le plan de la vulnérabilité face aux conduites addictives. Plusieurs raisons poussent les jeunes à fumer.

– L’appartenance au groupe 

« l’homme n’est pas fait pour vivre isolément, précise le Dr Pierre Rouzaud. L’adolescent a besoin d’appartenir à un groupe et de faire comme le groupe pour se sentir accepté par lui. »

 Si dans le groupe il y a des fumeurs, l’adolescent se mettra alors à fumer.

– Sortir de l’enfance 

« durant son enfance, l’adolescent a été confiné dans un pré carré dont il rêve de sortir en grandissant en reculant les barrières entre lesquelles les adultes l’ont cloîtré, précise le toxicologue. Il se pense et il se veut mature, il veut étendre son domaine de compétences, et l’adulte fumant : il fume ! »

Par cette attitude, il pense sortir du monde de l’enfance.

– Braver l’interdit 

L’adolescent aime tester les conduites à risque (alcool, tabac, drogue). C’est pour lui un moyen de montrer ce dont il est capable, de se prouver qu’il est fort, courageux.

Les adolescents ne se projetant pas à l’âge de 40, 50 ou 60 ans, il est inutile de leur expliquer, qu’en fumant, ils augmentent le risque de souffrir, plus tard, d’un cancer de la gorge ou du poumon. Alors, que leur dire ?

– Chez les moins de 12 ans

« Avant l’âge de douze ans, l’enfant adhère au discours parental », dit le toxicologue. On peut donc lui expliquer les méfaits du tabagisme pour sa santé actuelle et future et son intérêt à ne pas toucher à une cigarette : il évitera la mauvaise haleine, les dents qui jaunissent, les gencives qui s’abîment, les effets nuisibles sur son cerveau, le risque de dépendance… Ensuite, à l’adolescence, le jeune aiguise son sens critique, et lui expliquer les risques qu’il y a à fumer ne suffit pas pour l’empêcher de commencer.

– Chez les adolescents

Que l’on soit parent ou enseignant, avant tout « il faut parler avec l’adolescent et non à l’adolescent, avertit le toxicologue. Aujourd’hui, les jeunes sont mûrs tôt. Il faut oser aborder des sujets comme le tabagisme, la drogue, la sexualité, et répondre à leurs interrogations. Même si ce sont des thèmes difficiles à traiter. »

Si l’adolescent a sa personnalité, il est aussi vulnérable, il a des fragilités qu’il n’est pas à même de gérer.

« Il faut lui apprendre à dire non, lui expliquer que l’on peut appartenir à un groupe, tout en gardant sa personnalité et en n’adhérant pas à certaines pratiques nocives pour soi et sa santé », explique le président de Tabac Liberté.

C’est le rôle des parents de mettre leur enfant en garde sur les risques qu’il court avec certaines pratiques.  C’est ainsi qu’il se construira de manière solide. « Au final, c’est l’adolescent qui prendra sa décision, mais au moins les parents sont là pour l’aider, l’orienter, précise le Dr Rouzaud. D’où l’importance qu’il y ait un lien de confiance. »

23 % des lycéens et lycéennes fument quotidiennement, soit près de un sur quatre. Le tabagisme touche donc beaucoup de familles, et pas seulement celles de parents fumeurs, bien que le tabagisme du père influencerait davantage les garçons que les filles.

Devant le tabagisme de son enfant, « il ne faut pas adopter une tonalité anxio-dépressive, conseille le toxicologue. Mais il faut plutôt essayer de découvrir quelles sont les raisons qui le poussent à fumer, et ce que la cigarette lui apporte. »

Lorsque l’un des deux parents fume, il est plus difficile de dire à l’adolescent de faire ce qu’on lui dit, et non ce que l’on fait ! « Il faut positiver le côté négatif en disant à son adolescent “tu vois je me suis mis à cette addiction et, aujourd’hui, je n’arrive plus à m’en débarrasser, alors surtout ne t’y mets pas” », conseille le Dr Rouzaud.

« L’adolescent pense qu’il peut gérer le tabac, qu’il peut arrêter de fumer quand il veut, informe le toxicologue. Il n’est donc pas prêt pour le sevrage. »

Que faire pour l’aider et limiter son addiction dans le temps ?

« Les substituts nicotiniques comme les patchs, les chewing-gums fonctionnent mal chez l’adolescent, avertit le toxicologue. Ces produits proviennent de l’industrie pharmaceutiques, et il ne les apprécie pas. »

En revanche, la cigarette électronique connaît un certain engouement chez les jeunes, notamment grâce aux arômes proposés. Elle prend le pas sur la cigarette et peut être un bon moyen, chez les adolescents, d’arrêter de fumer. L’enquête Paris sans tabac a montré un doublement annuel de l’utilisation de la cigarette électronique chez les jeunes et dans le même temps, une diminution pratiquement par deux également du tabagisme chez les 12 – 15 ans, et un peu moins chez les 16 – 19 ans.

Autre motivation chez les jeunes pour arrêter de fumer : le prix du tabac, d’après le dernier baromètre de Santé Publique France 2018.

« L’arrêt du tabagisme chez les filles peut être plus compliqué, alerte le Dr Rouzaud. Ces dernières se servant des cigarettes pour gérer leur poids. Mais, dans le même temps, elles sont plus respectueuses de la réglementation et suivent davantage les prescriptions éventuelles de substituts que les garçons. »

– Les encouragements bienvenus

Un adolescent qui décide d’arrêter de fumer doit être soutenu dans sa démarche par ses parents. « Ces derniers doivent le féliciter, s’intéresser à sa motivation, précise le président de Tabac Liberté. Il ne faut pas hésiter à lui dire que sa décision est remarquable, qu’il a raison de prendre son destin en main. » Tous ces mots valorisants sont positifs et le confortent dans son envie d’être plus fort que le tabac.

Tabagisme chez les jeunes : que dit la loi ?

– En 2004, une loi a spécifié que les buralistes avaient l’interdiction de vendre des cigarettes au moins de 16 ans.

– Depuis 2007, tous les établissements scolaires sont non fumeurs.

– Depuis 2009, l’interdiction de vendre du tabac aux mineurs a été élargi aux moins de 18 ans. 

Cependant, d’après le CNCT, 74 % des buralistes acceptent de vendre du tabac aux mineurs.


Partagez :