L’hormèse est un processus par lequel un organisme, à qui l’on administre de faibles doses d’agents générateurs de stress, normalement toxiques, se trouve renforcé et montre ensuite une plus grande résilience à des doses plus élevées de ces mêmes toxiques ou facteurs de stress.

Par exemple, l’activité physique, le jeûne intermittent et la restriction calorique et certains composés nutritionnels mettent l’organisme à l’épreuve et activent les mécanismes de résistance au stress. Dans une certaine mesure, ils sont bénéfiques, mais pratiqués en excès, ils peuvent être délétères. Comment ces pratiques et substances activent-elles l’hormèse ?

À lire aussi : Le système immunitaire, clé de la longévité (Abonné)

La restriction calorique

La restriction calorique représente à long terme un stress biologique difficile à maintenir en raison de la faim, du manque d’énergie, de l’irritabilité qu’elle engendre, mais aussi compte tenu des habitudes alimentaires sociales et du plaisir de manger. Quand elle est pratiquée de manière raisonnée, avec le jeûne intermittent par exemple, elle peut en revanche induire de multiples bénéfices sur l’organisme.

En effet, la restriction calorique rajeunit les cellules et les organes en augmentant les niveaux de sirtuine 1 (SIRT1). Cette protéine SIRT1 stimule divers mécanismes de protection notamment l’autophagie et la réparation de l’ADN.
La SIRT1 active elle les facteurs de transcription FOXO. Ces facteurs de transcription exercent d’importantes fonctions métaboliques. Ils permettent l’expression d’enzymes antioxydantes (la superoxyde dismutase, la catalase et la glutathion peroxydase) qui luttent contre le stress oxydant et ralentissent ainsi le vieillissement.

À lire aussi : Activer les sirtuines pour mincir : ce que la science dit des “sirtfood”

La restriction calorique oblige le corps qui n’est plus approvisionné en glucose à utiliser les graisses stockées. Ces dernières sont transformées en corps cétoniques pour servir de source d’énergie. Ces corps cétoniques produisent des effets similaires à ceux de la SIRT1 comme l’autophagie.

À lire aussi : Les mimétiques de la restriction calorique

L’activité physique

Lors d’un exercice physique, le corps est exposé à diverses formes de stress (thermique, métabolique, hypoxique, oxydatif et mécanique). 

On peut illustrer l’effet hormétique de l’exercice avec le stress oxydant. Il est admis que dans des conditions normales nous devons aider le corps à lutter contre ce stress qui participe au vieillissement, mais l’augmentation du stress oxydant dans le muscle lors d’un exercice est essentielle pour l’adaptation musculaire. Ainsi, une étude a montré que la prise de compléments alimentaires antioxydants, riches en vitamines C et E gênent le développement de l’endurance musculaire.

Les effets bénéfiques de l’exercice sont aussi liés à des mécanismes qui augmentent la résistance à ces différents stress d’une manière similaire à la restriction calorique avec l’activation de la SIRT1. L’épuisement de l’énergie musculaire et d’autres organes pendant l’exercice entraîne l’activation de l’AMPK, qui inhibe mTOR

Le Dr Fung et le Dr DiNicolantonio expliquent bien l’effet hormétique de l’exercice sur les tissus , dans La solution Longévité  : « Tous les dommages ne sont pas nocifs, ils peuvent même être bénéfiques à petites doses. Il s’agit là d’un cycle de renouvellement. L’hormèse permet la dégradation des tissus tels que les muscles ou les os, qui sont ensuite reconstruits pour mieux supporter les contraintes auxquelles ils sont soumis. Les muscles et les os peuvent se renforcer, mais ce renforcement n’est possible qu’après une phase de dégradation et de réparation. »

À lire aussi : La théorie du soma jetable

Les substances phytochimiques des plantes

Les substances phytochimiques telles que les alcaloïdes, les polyphénols et les terpénoïdes présentes dans les plantes activent les mêmes processus que la restriction calorique, le jeûne et l’exercice. De nombreux effets bénéfiques des fruits et légumes peuvent donc être dus à l’activation des voies de résistance au stress par ces substances phytochimiques que les plantes sécrètent pour se protéger.

La caféine, l’EGCG (thé vert), la curcumine, la glucosamine, les polyphénols, les polysaccharides, la quercétine (oignon), le resvératrol (raisin et vin), la spermidine (soja, champignon) et le sulforaphane (brocoli) sont des molécules qui produisent des effets hormétiques.

Par exemple, une faible dose de sulforaphane protège les cellules contre le stress oxydant, une dose plus élevée de ce composé induit des dommages à l’ADN et des effets toxiques sur les cellules qui entraînent la mort cellulaire. De même, une faible dose de resvératrol (2 mg/kg) réduit les ulcères d’estomac induits par l’inflammation chez les souris, alors que des doses plus élevées (5 et 10 mg/kg) augmentent la formation d’ulcères et des marqueurs de l’inflammation.

La dose (ou l’intensité) d’un stress biologique ou d’un nutriment est donc essentielle pour déterminer s’ils auront des effets bénéfiques ou toxiques.

Pour aller plus loin, lire : La solution longévité


Partagez :