Chaque année, la grippe touche en moyenne en moyenne 2,5 millions de Français, selon Santé publique France. En général, elle guérit facilement en une à deux semaines. Mais chez une personne âgée, le scénario est parfois plus compliqué. « Le nombre total de grippes en hiver concerne surtout les enfants et les adultes jeunes. Mais les cas graves concernent les plus anciens », assure le Pr Gaëtan Gavazzi, gériatre et infectiologue au CHU de Grenoble, membre du conseil scientifique de la Société française de gériatrie et gérontologie. 

Un risque de grippe sévère

Lorsque le virus de la grippe infecte un organisme fragilisé par l’âge et, parfois, par une maladie chronique (diabète, insuffisance cardiaque, problèmes respiratoires…), le risque de complications sévères augmente. 

Au cours de l’épidémie 2019-2020, plus de 6000 personnes ont été hospitalisées à la suite d’une grippe compliquée, dont 36 % avaient plus de 65 ans. Lors d’épidémies précédentes, ce taux a pu atteindre 70 %. 

Chez les plus âgés, ces séjours à l’hôpital ont parfois des conséquences dramatiques. La sévérité de la grippe vient alors déstabiliser un état de santé déjà fragile. « Un quart des plus de 80 ans hospitalisés pour une grippe décèdent dans les trois mois. Et parmi les autres, un tiers acquiert une dépendance fonctionnelle, par exemple la perte de la capacité à se lever seul de son lit, ou à se laver sans aide », observe le Pr Gavazzi.

Un impact sur la mortalité

Chaque année, les plus de 65 ans paient un lourd tribut. Sur la saison 2019-2020, 76 % des 3680 décès dus à la grippe sont survenus chez des plus de 75 ans. La mortalité varie d’une année à l’autre, selon l’ampleur de l’épidémie, mais Santé publique France estime que la moyenne se situe autour de 9000 morts par an.

Une couverture vaccinale insuffisante

La vaccination contre la grippe reste le moyen le plus efficace de se protéger du virus. Mais en France, le taux de vaccination des seniors est largement insuffisant. L’an dernier, il n’était que de 52 % chez les plus de 65 ans, alors que l’Organisation mondiale contre la santé préconise au moins 75 %. « C’est catastrophique », regrette le Pr Gavazzi qui relève, par ailleurs, que le taux de résidents vaccinés dépasse les 80 % en maisons de retraite. 

Dans ce domaine, on ne peut pas dire que les soignants donnent l’exemple puisque seuls 35 % d’entre eux se font vacciner contre la grippe en France, selon les chiffres 2019. 

La recommandation vaccinale concerne aussi les proches. « Lorsqu’on vit avec une personne âgée, il faut se vacciner contre la grippe et l’entourage doit respecter au minimum les gestes-barrière », martèle le gériatre. 

Ces gestes de protection sont rappelés chaque année lors de l’épidémie de grippe saisonnière. Ils sont, plus que jamais, d’actualité pour se protéger de la grippe, mais aussi du coronavirus et d’autres infections hivernales : porter un masque, se laver très fréquemment les mains à l’eau et au savon ou au gel hydro-alcoolique, tousser et éternuer dans son coude, aérer régulièrement…

De nouveaux vaccins plus efficaces

Chaque année, le vaccin contre la grippe est composé en fonction des virus circulants. Depuis 2018, il protège contre quatre souches virales, contre trois auparavant. Chez un adulte dans la force de l’âge, ce vaccin est efficace à 70 %. Le taux d’efficacité est inférieur chez une personne âgée, de l’ordre de 30 à 50 %, l’explication étant que le système immunitaire des seniors fabrique moins d’anticorps après la vaccination. Quoi qu’il en soit, les bénéfices sont tangibles. Les personnes vaccinées ont moins de risque d’hospitalisation et de forme grave de la maladie.

Le 14 avril 2020, un nouveau vaccin quadrivalent a reçu son autorisation de mise sur le marché en France. L’Efluelda du laboratoire Sanofi/Pasteur a la particularité d’être quatre fois plus dosé en antigènes viraux qu’un vaccin trivalent. L’Efluelda n’est pas encore disponible dans l’Hexagone. La commande a été passée, mais les doses seront destinées aux stocks d’Etat. Le Pr Gavazzi regrette cette situation : « Il faut distribuer ce vaccin et non pas le garder en stock. Il est utilisé aux Etats-Unis depuis plus de cinq ans. Il est très bien toléré et il est plus efficace chez les personnes âgées vivant en Ehpad à qui il évite des hospitalisations et des pneumonies. »

Quel traitement chez une personne âgée ?

Les traitements de la grippe visent à soulager les symptômes. On a recours au paracétamol pour faire tomber la fièvre, sans dépasser deux à trois grammes par jour chez une personne fragile. 

Les médicaments contre le rhume contenant de la pseudo-éphédrine sont déconseillés. Ce vasoconstricteur peut provoquer des effets indésirables graves comme des troubles du rythme cardiaque. L’Agence nationale de sécurité du médicament a récemment publié une fiche pratique dans laquelle elle signale les produits concernés. 

De même, les sirops antitussifs peuvent être problématiques chez une personne âgée. Certains contiennent des molécules addictives, comme la codéine, et peuvent également gêner la déglutition. 

Mieux vaut recourir aux tisanes et autres boissons chaudes sucrées au miel. Des études scientifiques ont, en effet, montré que le miel est plus efficace sur la toux et le rhume que les traitements standards, et sans effets indésirables.

Les antibiotiques n’ont aucune efficacité contre les virus grippaux et ne sont utilisés qu’en cas de surinfection bactérienne, par exemple une pneumonie.

Les médicaments antiviraux, comme l’oseltamivir ou le zanamivir, peuvent être utilisés en prévention, par exemple lors d’une épidémie de grippe dans une maison de retraite. Mais ils doivent être administrés très rapidement, dans les 48 heures, et leur efficacité réelle reste l’objet de controverses. 

Un test Covid en cas de symptômes

Les virus de la grippe et de la Covid-19 provoquent des symptômes similaires (fièvre, toux, maux de tête…). Dans le contexte actuel, il est recommandé de rechercher le Sars-Cov2 chez une personne âgée présentant des signes caractéristiques ; à plus forte raison si elle vit en collectivité où le risque de contagion est maximum. Si le test Covid est positif, des mesures d’isolement sont prises et les cas-contact sont avertis.

Il existe également des double tests, grippe et Covid. « Le test PCR peut être fait sur un même prélèvement dans le nez », précise le Pr Gavazzi. Le plus souvent, il est réalisé à l’hôpital, mais il peut aussi être effectué dans un laboratoire d’analyse en ville. 


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