À l’approche de l’hiver, l’épidémie saisonnière de grippe et la circulation renforcée des rhinovirus risquent de compliquer encore plus le diagnostic de la Covid-19. Comment savoir si vos symptômes sont liés à un rhume, à la grippe ou à l’infection au nouveau coronavirus ? Éclairages de Sylvie Behillil, biologiste médicale et responsable adjointe au sein du Centre National de Référence des virus des infections respiratoires & du Dr Jean-Louis Bensoussan, médecin généraliste et secrétaire général du Syndicat MG France.

Il peut être difficile de dissocier une grippe, de la Covid-19 ou d’une infection à rhinovirus (responsables de ce qu’on appelle communément le rhume) sur la base d’un simple diagnostic clinique. 

“Avec l’habitude et l’expérience, on parvient à les distinguer, et c’est surtout en fonction du contexte épidémique, des contacts qu’a pu avoir un malade à l’école, ou au travail, etc qu’on s’oriente vers un diagnostic (qui devra être confirmé par test virologique pour la Covid-19)”, explique le Dr Jean-Louis Bensoussan.

Chacune de ces maladie est liée à un virus spécifique  

  • La grippe est liée au virus influenza de type A ou B (famille des Orthomyxoviridae). 
  • La Covid-19 est liée au nouveau coronavirus SARS-CoV-2 (famille des Coronavirus (Coronaviridae).
  • Le rhume (rhinopharyngite) est généralement lié à un rhinovirus (famille des Picornavirus), dont il existe des centaines de variantes, et qui reste cantonné au niveau du nez et de la gorge. “Ils circulent plus ou moins toute l’année, notamment en septembre/octobre, avant les épidémies de grippe et de virus respiratoire syncytial (VRS)”, précise Sylvie Behillil.

Rhume, grippe ou Covid-19 : quelles différences ? 

Les rhinovirus circulent tout au long de l’année, c’est pourquoi on peut parfois attraper un rhume en plein été. La plupart du temps, ils induisent un simple rhume, qui s’installe lentement et peut se traduire par une congestion et un écoulement nasal, des éternuements, des maux de tête, des maux de gorge et une légère fatigue pendant trois à cinq jours. “Cependant, il arrive que des patients présentent une forte fièvre qui évoque un syndrome grippal, voire un début de Covid-19 indique le Dr Bensoussan. De même, certaines personnes traversent des grippes ou des Covid-19 avec peu, voire pas du tout de symptômes, précise le Dr Bensoussan”.

Le principal facteur qui différencie le rhume de la grippe et de la Covid-19 sur le plan clinique est en fait l’intensité des symptômes. La plupart des patients qui souffrent d’une infection à rhinovirus arrivent à travailler, à s’occuper de leurs tâches quotidiennes. Ce qui est moins souvent le cas lorsqu’un patient souffre de grippe ou de Covid-19.

Grippe ou Covid-19 : peut-on les distinguer sur le plan clinique ? 

La grippe, due aux virus influenza de type A (virus A(H1N1)pdm09 ou A(H3N2)) et de type B (B Yamagata et B Victoria), se manifeste généralement par une fièvre importante, des frissons, des maux de tête, des douleurs musculaires (courbatures) et une toux sèche. Certains malades peuvent avoir le nez qui coule ou bouché, voire un mal de gorge. “Tous ces symptômes apparaissent brutalement et persistent entre trois à sept jours, le plus fréquemment en hiver et au début du printemps, en période épidémique. Si le malade a été vacciné, il peut tout de même développer des signes beaucoup plus légers, selon le virus auquel il a été exposé”, indique Sylvie Behillil. 

La Covid-19 peut occasionner les mêmes symptômes (qui apparaissent de manière progressive – non brutale – et moins spécifique) : fièvre, toux persistante, perte du goût, perte de l’odorat, fatigue, courbatures, maux de tête, maux de gorge, essoufflement. Plus rarement, les patients peuvent souffrir de congestion ou d’écoulement nasal, de diarrhée, voire de symptômes neurologiques ou dermatologiques. “En raison des nombreux cas asymptomatiques (30 à 60 % des sujets infectés, selon l’Institut Pasteur), il est également plus difficile de la détecter”, relève le Dr Bensoussan.

Le pré-diagnostic de la Covid-19 doit être conforté par un test virologique RT-PCR qui permet de détecter l’ARN du coronavirus (son patrimoine génétique). 

À noter : l’anosmie (perte de l’odorat) et l’agueusie (perte du goût) peuvent survenir aussi bien chez des patients Covid, que chez des patients très enrhumés ou des patients souffrant de grippe. “La seule différence est qu’avec la Covid-19, la perte d’odorat semble apparaître tout de suite, alors que dans les autres maladies virales, elle apparaît de façon décalée. Il semble également que l’on retrouve plus vite l’odorat et le goût suite à une grippe ou une rhinopharyngite sévère”, précise Sylvie Behillil. 

Les modes de transmission sont-ils les mêmes ?

“Les virus responsables de la grippe, de la Covid-19 et des rhinopharyngites se transmettent principalement par voie respiratoire : lorsqu’une personne parle, tousse, éternue, ou crache trop près de vous, si vous ne portez pas de masque, vous risquez de récupérer le virus excrété, indique Sylvie Behillil. Leur transmission se fait par gouttelettes de salive, mais elle peut aussi se faire par l’intermédiaire des mains : lorsqu’une personne qui éternue dans ses mains touche la barre du métro, elle contamine la barre. Si un autre passager touche la barre et ensuite se gratte le nez, il risque de contracter le virus. C’est valable pour les virus de la grippe, le SARS-CoV-2, les rhinovirus, mais aussi dans le cas de la gastro-entérite“. 

Dans le cas de la Covid-19, le virus se transmet donc par contact direct ou indirect, mais pourrait aussi se transmettre par aérosols (de fines particules (liquides ou solides) qui restent en suspension dans l’air). Des discussions scientifiques sont toujours en cours. 

Qu’en est-t-il de la durée d’incubation de chacune de ces maladies ?

La période d’incubation liée à un rhinovirus varie habituellement entre 48 et 72 heures.

En ce qui concerne la grippe, la durée d’incubation (le délai entre la contamination et l’apparition des premiers symptômes d’une maladie) varie. “Chez les enfants, elle est d’environ 7 jours. Chez les adultes, c’est plutôt 3 ou 4 jours, indique le Dr Benssoussan.

Dans le cas de la Covid-19, c’est plus discuté. Il est de 3 à 5 jours en général, mais peut s’étendre jusqu’à 14 jours. Ce qui est encore plus discuté, c’est la durée de contagiosité”.

À priori, la grippe pourrait donc se propager plus rapidement que le Covid-19. Il est donc nécessaire d’appliquer rigoureusement les gestes barrière, d’autant plus que la période d’incubation est généralement asymptomatique.

Combien de temps est-on immunisé après un rhume, une grippe, la Covid-19 ?

Il est important de rappeler que la mémoire immunitaire varie d’un virus à l’autre, et même d’un individu à l’autre. Il semble cependant que la fréquence des rhumes soit liée à l’âge : elle peut atteindre 10 fois par an chez les enfants, et se raréfie au fil des années car l’organisme développe une immunité au fil des infections. Mais cette immunité n’est ni croisée, ni protectrice entre les différents types de rhinovirus. Pour la grippe et la Covid-19, c’est plus difficile à déterminer. 

Combien de temps est-on immunisé après une grippe ?

L’immunité contre la grippe est un sujet compliqué, car les virus grippaux mutent beaucoup et que plusieurs d’entre eux peuvent circuler en même temps entre les mois de décembre et mars/avril. “Chaque année il y a une épidémie de grippe, durant laquelle différents virus de grippe peuvent circuler : A(H1N1)pdm09, A(H3N2), B-Victoria et/ou B-Yamagata, explique Sylvie Behillil. 

L’immunité après une infection varie de 6 mois à un an, mais ce n’est pas simple, ça dépend du (ou des) virus qui a (ou ont) circulé. C’est pourquoile vaccin contre la grippe contient les 4 valences de virus (A(H1N1)pdm09, A(H3N2), B-Victoria et B-Yamagata)”. 

L’immunité conférée par le vaccin est d’environ six mois. “Son efficacité est variable : elles est plus forte chez les adultes jeunes, mais elle diminue avec l’âge. Il est donc important de vacciner un grand nombre de personnes pour atteindre une immunité collective suffisante”, estime le Dr Benssoussan.

Combien de temps est-on immunisé après la Covid-19 ?

“La Covid-19 est un nouveau virus que l’on continue de découvrir. Pour l’instant, on sait que l’immunité conférée par une primo-infection est variable : en théorie, les personne qui ont fait des infections graves, développent plus d’anticorps que les personnes asymptomatiques ou qui ont eu peu de symptômes”, indique Sylvie Behillil. 

Quelles sont les complications possibles pour chacune de ces maladies ?

“Les complications principales des rhinopharyngites sont la sinusite, notamment chez les fumeurs, et l’otite chez les enfants”, rappelle le Dr Benssoussan

La grippe, elle, peut se compliquer, voire entraîner la décompensation (dégradation souvent brutale) d’une maladie préexistante. Les complications les plus surveillées sont les complications d’ordre pulmonaire, qui induisent un risque de surinfections et parfois des pneumopathies. “Dans le cas de personnes âgées ou fragiles, ces complications sont très fréquentes, c’est pour cela que ces populations à risque doivent se faire vacciner tous les ans”, estime Sylvie Behillil.

Les complications liées à la Covid-19 continuent de se dévoiler au fil des mois : fatigue chronique, syndrome de détresse respiratoire aigu, insuffisance rénale aiguë… Dans certains cas, la maladie peut engendrer des complications neurologiques, voire une défaillance multi-viscérale susceptible d’engager le pronostic vital. “Parfois, ces complications surviennent aux alentours de dix jours après le déclenchement des premiers symptômes. C’est ce qu’on appelle ‘l’orage cytokinique’ ou ‘tempête hyper-inflammatoire’. On n’observe pas du tout cela avec la grippe”, précise la biologiste. 

Les personnes âgées de plus de 65 ans et les patients souffrant de maladies chroniques, de maladies cardiovasculaires, de diabète, de maladies hépatiques ou de maladies respiratoires doivent être particulièrement vigilantes face à la Covid-19 et à la grippe.

Rhume, grippe, covid-19 : quelles différences de traitements ?

“Quelle que soit la maladie, il n’existe pas de remède miracle et les antibiotiques sont inutiles, puisqu’elles sont provoquées par un virus”, tient à rappeler le Dr Benssoussan. Dans le cas d’un rhume, le médecin préconise le lavage de nez et mouchage pour évacuer le mucus. En cas de mal de tête ou de pic de fièvre, le paracétamol est la seule option indiquée. Ménagez-vous et hydratez-vous.

Le traitement de la grippe est également symptomatique : il consiste à faire baisser la fièvre à l’aide de paracétamol. En cas de toux, on peut éventuellement prescrire un sirop. Il n’y a pas grand-chose d’autre à faire, sinon traiter les complications si elles surviennent. Dans le cas d’une surinfection bactérienne, un médecin pourra par exemple prescrire des antibiotiques. “Pour les personnes à risque de faire une infection plus grave, il existe un antiviral, le tamiflu, qui est spécifique de la grippe. Il permet de réduire les symptômes, la durée de la maladie, et de limiter les complication, s’il est pris dès l’apparition de la maladie. Ce traitement peut être prescrit en curatif, mais aussi en préventif, par exemple dans un Ehpad touché par une épidémie de grippe”, détaille Sylvie Behillil. 

Concernant la Covid-19, aucun traitement préventif ou curatif n’est encore établi. En médecine de ville, on prescrit du paracétamol pour traiter les symptômes. À l’hôpital, dans les cas sévères d’infection au SARS-CoV-2, peuvent être pris en charge sous oxygénothérapie à haut débit (l’air est envoyé dans les poumons via une canule nasale) ou être ventilés artificiellement en réanimation (ce qui oblige à endormir complètement les patients pour les intuber et les mettre sous respirateur artificiel pour permettre de faire rentrer de l’air dans les poumons). La piste du remdesivir (un antiviral notamment utilisé contre Ebola), semble, à ce jour, la plus aboutie.

Comme pour toute maladie virale, dès l’apparition des premiers symptômes, mieux vaut limiter les contacts et s’isoler jusqu’à leur disparition totale. Le port du masque, le respect de la distanciation sociale et des mesures barrières (se laver les mains, éviter la bise et les poignées de mains, tousser dans son coude, utiliser des mouchoirs à usage unique, aérer les intérieurs) plébiscités dans le contexte épidémique a également un impact sur la circulation des virus de la grippe. 

“En cas de symptômes grippaux ou de suspicion de Covid-19, on évite d’aller voir les personnes fragiles : on ne va pas voir sa grand-mère en Ehpad, ni son oncle diabétique. On ne va pas non plus dans les centres commerciaux bondés”, souligne Sylvie Behillil qui espère une diminution des cas de grippe et de rhinopharyngite cet hiver, grâce aux gestes barrières.

Face à la reprise épidémique en France, les médecins incitent les personnes fragiles et les professionnels de santé à se faire vacciner contre la grippe le plus tôt possible, de façon à pouvoir faciliter le diagnostic en cas de symptômes pouvant faire penser à la grippe ou à la Covid-19 ! “Si vous êtes vaccinés contre la grippe et développez des symptômes grippaux, il est plus probable qu’il s’agisse de la Covid-19”, prévient le Dr Bensoussan.


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