LaNutrition.fr : On vous connaît pour votre expertise sur le reflux gastro-œsophagien. Qu’est-ce qui vous a conduite à écrire ce livre sur le microbiote ?

Dr Cotinat : Les découvertes récentes sur le microbiote en font une histoire passionnante. Leur mise en application a permis une amélioration des résultats chez nos patients. En effet, de par sa position stratégique, entre notre monde intérieur et le monde extérieur, le microbiote peut être influencé par notre hygiène de vie. En prenant soin de cette importante tribu de microbes, on améliore les troubles digestifs, et on a un impact sur la santé de l’individu dans sa globalité. J’avais envie de transmettre ce message.

Depuis quand prenez-vous en compte l’état du microbiote de vos patients ? Quels résultats avez-vous obtenus avec ce changement dans votre pratique ?

Je prends en compte le microbiote depuis que je m’intéresse à la nutrition : avant on l’appelait « flore intestinale ». Mais la compréhension des dernières données scientifiques facilite l’adhésion du patient au changement de mode de vie qui devient plus facile.

Quels sont les principaux signes d’un microbiote déséquilibré ?

Un microbiote déséquilibré (appelé dysbiose) est caractérisé par une baisse de la biodiversité et/ou une mauvaise répartition bactérienne en termes de composition, avec par exemple un excès de bactéries pathogènes au profit des protectrices.

Les signes d’une dysbiose sont divers et variés : ils peuvent se manifester au niveau digestif, ou être à l’origine des troubles métaboliques qui favorisent toutes les maladies de civilisation (surpoids, obésité, maladies cardiovasculaires et neurologiques).

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En quelques mots, comment un microbiote déséquilibré entraîne la prise de poids ?

Sous l’influence de modifications de facteurs environnementaux (sédentarité, déséquilibre nutritionnel, trouble du sommeil, additifs, pesticides, état de stress chronique…), le microbiote se déséquilibre. Il va extraire plus d’énergie à partir des aliments, il augmente la capacité d’absorption des nutriments, et surtout il induit une augmentation de la perméabilité de l’intestin et une inflammation (proportionnelle au poids) favorisant entre autres une résistance à l’insuline. Cet ensemble de perturbations va favoriser le stockage des graisses.

Plus qu’un régime, votre programme en quatre semaines est un plan d’action pour changer durablement ses habitudes alimentaires et son hygiène de vie. Quelles modifications profondes implique-t-il ?

Il est essentiel de ne pas parler de régime, car ce terme désigne une restriction aboutissant souvent à une frustration qui mène à reprendre les mauvaises habitudes alimentaires initiales.

Le programme que je propose dans Maigrir de plaisir est un changement d’alimentation qui vise à augmenter le plaisir en ajoutant des aliments protecteurs du microbiote (des fruits et légumes en abondance, des oléagineux, des légumineuses, des oméga-3…), tout en diminuant les aliments qui le déséquilibrent (ultra-transformés, trop riches en graisses saturées, en pesticides, cuits à haute température…).

Il implique aussi une modification de l’hygiène de vie notamment la prise des repas à heures plus régulières, un sommeil de qualité, une activité physique régulière et une meilleure gestion du stress (il faut savoir cependant qu’en modifiant l’assiette, on modifie le stress perçu).

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En combien de temps peut-on espérer perdre du poids avec votre programme ?

C’est assez encourageant, car en respectant bien les modifications de l’alimentation, les premiers kilos se perdent dès le premier mois.

L’un des paramètres qui a beaucoup d’importance est le repas du soir, que l’on a tendance à surcharger et qui doit privilégier les légumes et les huiles omega 3. Les autres modifications clés pour perdre du poids sont la quantité de fruits et légumes, l’apport en oméga-3, la suppression des boissons sucrées et édulcorées, l’activité physique et un sommeil de qualité.

Un microbiote qui a été déséquilibré, par l’alimentation notamment, peut-il revenir définitivement « à la normale » ? Si on fait des écarts par la suite, la prise de poids recommencera-t-elle ?

On peut estimer que le microbiote est revenu à la normale lorsque tous les troubles associés à l’excès de poids ont disparu (troubles : articulaire, digestif, de l’humeur, douleur, etc.)

Il est clair qu’on va plus vite à déséquilibrer le microbiote qu’à le rééquilibrer. Ce qu’il faut bien avoir en tête c’est que les écarts ne sont pas interdits, mais il faut les compenser avec des aliments protecteurs. Vous pouvez très bien faire un extra et manger de la viande au barbecue par exemple si la part de légumes est supérieure. En effet, des expériences ont montré qu’une alimentation riche en graisses saturées accompagnées de fibres augmente beaucoup moins l’inflammation qu’une alimentation ne contenant ces précieuses fibres.

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Les patients qui suivent vos conseils parviennent-ils à maintenir ces changements sur le long terme ?

En général, oui. Il y a tout de même un biais de recrutement avec mes patients, car ceux qui me consultent savent qu’il sera nécessaire de changer d’alimentation. Mais dans l’ensemble, le fait d’accentuer le programme sur la recherche du plaisir, la découverte de nouveaux aliments et de nouvelles saveurs rend le changement beaucoup moins frustrant que celui des régimes restrictifs qui contrarie le côté plaisir de l’alimentation.

De plus, lorsque les patients s’habituent à manger sainement, les conséquences des écarts sont mieux perçues et encouragent la poursuite du programme.

Maigrir de plaisir… s’adresse-t-il uniquement à des personnes qui ont tout essayé pour perdre du poids, mais qui n’y parviennent pas ?

Ce livre s’adresse à tout le monde, aussi bien aux personnes qui veulent perdre du poids mais aussi à celles qui souhaitent préserver leur capital santé ou même à celles qui veulent prendre du poids (pour lesquelles on mettra l’accent sur les oléagineux et les légumineuses…). Toutes les maladies de civilisation sont concernées par le microbiote et tout le monde peut y gagner à le maintenir en équilibre, même sans problème de poids. La prise de conscience que le microbiote perd sa biodiversité dans toutes ces pathologies doit faire envisager de transformer son hygiène de vie dans le respect de notre planète. Ne pas la respecter sera préjudiciable à sa santé, à celle de notre microbiote et à la nôtre.

>> Maigrir de plaisir en charmant ses bactéries


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