Pourquoi c’est important

Otto Warburg a été le premier à proposer que tous les cancers proviennent d’un dysfonctionnement de la respiration des mitochondries des cellules malades, mettant à mal la théorie génétique du cancer. Dans cette théorie, le cancer est une maladie métabolique. Pour la soigner ou la prévenir on s’intéresse donc au métabolisme des cellules. On sait que les cellules cancéreuses se nourrissent de sucre qui leur permettent de synthétiser des molécules qui les protègent. En modifiant l’alimentation avec un régime cétogène (riche en graisses et très pauvre en glucides), on supprime la nourriture favorite de ces cellules. Baisser l’apport en sucre permet en effet « d’affamer » les cellules cancéreuses qui n’ont alors plus l’énergie nécessaire pour proliférer.

Plusieurs études ont déjà examiné les effets d’un régime cétogène sur la qualité de vie et les marqueurs métaboliques de personnes atteintes de cancer (en complément des traitements habituels). Ainsi, en septembre 2019, une étude indiquait que la perte de poids et les changements métaboliques induits par ce régime étaient bénéfiques à des femmes souffrant de cancer du sein, le tout sans effet secondaire majeur. Les chercheurs appelaient alors à la conduite d’études supplémentaires pour renforcer le niveau de preuves.

Dans une nouvelle étude parue dans la revue Clinical Nutrition, des chercheurs ont regardé l’effet d’un régime cétogène sur les marqueurs de l’inflammation et la progression du cancer chez des patientes atteints d’un cancer du sein.

L’étude

Dans cette étude, 80 patientes âgées de 18 à 70 ans et atteintes d’un cancer du sein localisé et avancé ou métastatique ont suivi pendant 12 semaines soit un régime cétogène (6% de glucides, 19% de protéines, 20% de triglycérides à chaîne moyenne (TCM) et 55% de graisses),  soit un régime classique (55% glucides, 30% protéines et 15% de lipides) en plus de leur chimiothérapie. Les TCM produisent davantage de corps cétoniques et permettent d’optimiser un régime cétogène.

Les niveaux de TNF-α, un marqueur de l’inflammation, ont diminué dans le groupe ayant suivi le régime cétogène mais sont restés constants dans le groupe de contrôle. Le TNF-α augmente la croissance des cellules cancéreuses ainsi que les métastases. Par contre, les niveaux plasmatiques d’interleukine-10 (ou IL-10, une cytokine anti-inflammatoire) ont significativement augmenté chez les patientes du groupe “alimentation cétogène”. Les auteurs de l’étude soulignent que de faibles niveaux d’IL-10 sont associés à un risque accru de récidive, à la présence de métastases et à un faible taux de survie chez les patientes. L’IL-10 s’oppose à la progression tumorale.

Le régime cétogène a également permis de diminuer les niveaux d’insuline en même temps que les niveaux de glucose sanguin. Or, des niveaux plus élevés d’insuline augmentent le risque de récidive et de mortalité chez les femmes ayant eu un cancer du sein. Enfin, la taille des tumeurs a également diminué de 27 mm dans le groupe cétogène (chez les femmes ayant un cancer du sein avancé et localisé) contre seulement 6 mm dans le groupe de contrôle. Le stade du cancer a significativement diminué chez les patientes ayant un cancer localisé, après 12 semaines de régime cétogène.

En pratique

En considérant le cancer comme une maladie métabolique, il est possible de mettre en place des traitements qui prennent en compte les dysfonctionnements qui ont conduit au processus cancéreux. Le régime cétogène tient un rôle important dans cette vision de la maladie car, en diminuant considérablement les apports en sucre, il crée un environnement métabolique qui empêche la progression de la tumeur.

Toutefois d ans le cas d’une maladie comme le cancer, le régime cétogène doit être mené de manière très rigoureuse, sans écart et il est nécessaire de respecter des ratios cétogènes encore plus précis, qui nécessitent un encadrement par des diététicien.nes spécialisé(e)s. Il faut aussi annoncer le changement alimentaire à l’équipe soignante.

Pour en savoir plus, lire Combattre le cancer avec le régime cétogène


Partagez :