Vers 4-6 mois, bébé commence à être capable de manger autre chose que du lait. C’est le moment de la diversification alimentaire. Mais cette dernière doit-elle forcément passer par l’étape purées et compotes finement mixées ? Certains parents et professionnels de l’enfance prônent une autre approche : la diversification menée par l’enfant. En pratique, on présente des aliments à l’enfant qui va les explorer et manger à sa guise. A la clé : un développement des facultés psychomotrices plus large et un rapport plus sain aux aliments et à la faim. Mais donner des aliments non hachés n’est-ce pas risqué ? Si les spécialistes de la DME ont des réponses aux questions que peuvent légitimement se poser les jeunes parents, les scientifiques sont désormais en mesure de les appuyer.

Afin de répondre aux principales interrogations concernant la DME, ses bénéfices et ses risques, des chercheurs ont publié un article dans The Italian Journal of Pediatrics passant en revue 12 études scientifiques dont 10 études d’observation et 2 études contrôlées et randomisées.

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La DME augmente-elle le risque d’étouffement ?

La peur de l’étouffement est l’une des raisons qui peut rebuter les parents à suivre la DME avec leur enfant. Pourtant, les études de qualité sur le sujet ne montrent pas un risque plus important d’étouffement avec la DME. Cependant, il est important, car rassurant, de savoir reconnaître les différentes réactions et réflexes de bébé, et de savoir comment réagir en cas d’étouffement. Dans son livre Le Grand Livre de la DME, Christine Zalejski explique les différentes réactions de l’enfant notamment le réflexe nauséeux, la fausse route et l’étouffement. Elle explique aussi comment réagir face à chacun d’eux. Elle conseille aux parents d’entraîner bébé à ces réactions avec un hochet, une brosse de dentition ou une petite cuillère, pour qu’il apprenne à ne pas trop les enfoncer puisqu’ils sont automatiquement refoulés vers l’extérieur. Selon elle, si la peur est trop importante, elle peut influencer le bébé de manière négative. Dans l’un des témoignages du livre, elle propose à une maman, dans ce cas précis, de suivre une formation de premiers secours pour estomper cette peur.

La DME apporte-t-elle un apport énergétique adéquat et une croissance normale ?

Les résultats des études sont contradictoires notamment à cause des différentes méthodes de recherches utilisées.

Selon une étude d’observation, la DME pourrait entraîner un apport calorique insuffisant et donc une insuffisance pondérale significative. D’ailleurs, dans une autre étude, des mères ont déclaré qu’avec l’approche DME les bébés mangeaient moins d’aliments et buvaient plus de lait que dans une diversification classique.

Pour éviter un apport calorique insuffisant, il est important de proposer à bébé des aliments à forte densité énergétique de qualité notamment des matières grasses. En effet, Christine Zalejski conseille d’ajouter à partir de 7 mois des huiles végétales riches en oméga-3 (colza, lin, cameline, noix) vierges et de première pression à froid. L’huile de coco, la crème fraîche, le beurre et l’avocat peuvent aussi être proposés à bébé pour augmenter l’apport énergétique de son repas.

La DME entraîne-t-il un risque accru d’apport en fer insuffisant ?

À partir de six mois, l’allaitement maternel ne fournit pas au nourrisson suffisamment de fer pour satisfaire ses besoins, il faut donc augmenter la quantité de fer de l’alimentation. Des études ont montré que les bébés suivant une DME peuvent être exposés au risque d’un apport en fer insuffisant, car la consistance des aliments qui en sont riches les rend difficiles à consommer, et les préparations industrielles enrichies en fer ne peuvent être utilisées dans cette approche.

Pour pallier le risque de carence en fer, il faut veiller à introduire une portion de viande rouge par semaine sous forme de viande hachée (préparée en boulettes par exemple), il est aussi important de veiller à la qualité de la viande proposée. Pour Christine Zalejski, l’apport en fer « peut aussi se faire via les protéines végétales comme les lentilles, la farine de pois chiche ou le cacao amer par exemple, de préférence associées à une source de vitamine C (persil, agrumes, poivron…) durant le repas afin d’améliorer l’absorption du fer au niveau intestinal ».

Quels sont les effets de l’approche de la DME sur la sensation de satiété et le poids ?

L’un des bénéfices promus par les défenseurs de la DME est l’influence positive que cette approche pourrait avoir sur les risques futurs de surpoids et d’obésité en apprenant à l’enfant à respecter ses sensations de satiété sans que l’adulte ne lui dicte la quantité qu’il doit manger.

Plusieurs études se sont intéressées à ce bénéfice potentiel, avec des résultats qui sont au final très contradictoires. 

Si certaines études ne trouvent aucune association, d’autres trouvent que les enfants ayant suivi la DME sont nettement moins sensibles à la nourriture, moins difficiles et plus sensibles à la satiété que le groupe ayant suivi une diversification classique. Des études sur le long terme sont encore nécessaires pour déterminer si la DME prévient le surpoids et l’absence de la sensation de satiété.

La DME influence-t-elle les préférences alimentaires et la qualité du régime alimentaire ?

L’imaginaire collectif veut que la DME permette une acception d’une plus large gamme d’aliments. Mais selon les quelques études disponibles, peu de différences existent entre la DME et la diversification classique. Une étude d’observation a, quant à elle, mis en lumière une préférence pour les glucides pour les enfants DME alors que les enfants ayant suivi une diversification classique avaient une préférence pour les aliments sucrés.

En ce qui concerne la qualité des repas, la famille doit être attentive au fait que, s’il est important que les bébés mangent plus ou moins les mêmes repas que le reste de la famille, l’assaisonnement et les techniques de cuisson doivent être adaptés à bébé.

« Par exemple, si la famille consomme habituellement des aliments transformés ou des aliments salés (c’est-à-dire des aliments aromatisés au sel, des bouillons en cube ou de la sauce à salade) ou des en-cas, des sucreries et des barres de céréales, il est probable que ce nourrisson se verra également proposer ces aliments. » notent les chercheurs.  « Pour éviter ces risques, les parents doivent recevoir une éducation nutritionnelle appropriée afin de rendre leur alimentation saine et adéquate pour le nourrisson. » 

L’accompagnement avec un professionnel de santé, diététien.ne ou médecin nutritionniste spécialisé peut être pertinent pour éviter certaines de ces erreurs.

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La DME améliore-t-elle les relations familiales lors des repas ?

Il semble que la DME puisse permettre aux bébés de participer aux repas plus facilement que les enfants qui ont besoin d’un adulte pour les nourrir. En effet, en mangeant en toute autonomie les mêmes aliments que le reste de la famille et en n’étant jamais forcés de manger, il y a moins de pression (notamment pour la préparation) et d’anxiété à l’heure des repas et plus de convivialité.

La DME a-t-elle des effets positifs sur l’anxiété et l’attitude des parents à l’égard de la diversification ?

Les mamans qui entreprennent la DME avec leurs bébés semblent avoir moins d’anxiété, de troubles obsessionnels et compulsifs et moins de restrictions alimentaires que les mamans menant une diversification classique. Selon les chercheurs, ces résultats pourraient rendre l’approche plus réalisable. Cependant, cette constatation peut également s’expliquer par le fait que les mères très anxieuses pourraient être plus enclines à choisir la diversification classique.

Pour en savoir plus, lire : Le Grand Livre de la DME


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