Pour certains thérapeutes, les minéraux de l’eau ne seraient pas du tout ou seraient peu absorbés. Selon cette ligne de pensée, pour que les minéraux soient absorbés par l’homme, il faudrait qu’ils aient d’abord été assimilés par des végétaux ou des tissus animaux. C’est donc en mangeant des végétaux ou des aliments d’origine animale qu’on se procurerait les minéraux dont on a besoin. Ce raisonnement comporte de nombreuses failles.

Les minéraux disponibles dans l’alimentation sont issus de la roche mère, et apportés initialement par le lessivage des sols par les eaux. Il faut bien que les êtres vivants (du règne végétal ou animal) soient équipés des moyens de les capter, les assimiler et les utiliser dans des processus biologiques. L’homme étant lui aussi un être vivant, il serait pourtant selon cette théorie, exclu du circuit par lequel l’eau fournit des minéraux aux habitants de cette planète, sans qu’on sache très bien pourquoi.

Où sont les preuves ?

Surtout, un tel phénomène n’a jamais été mis en évidence au plan scientifique. Au contraire, ce qui est démontré, c’est que l’eau est un excellent vecteur pour les minéraux. Ces minéraux se retrouvent dans les tissus biologiques, ce qui est la preuve qu’ils ont été absorbés. Ils exercent également une fonction physiologique. Ainsi, selon l’étude de l’Inserm U349 (Paris), une eau bicarbonatée calcique fait baisser le niveau de l’hormone parathyroïdienne (PTH), ainsi que celui de plusieurs marqueurs de la résorption osseuse. (1)

L’étude de l’Inserm U403 (Lyon), publiée  dans Osteoporosis International est encore plus intéressante, puisqu’elle a comparé les effets sur la santé de l’os d’une eau « dure » et d’une eau peu minéralisée. Des femmes ont consommé chaque jour pendant 6 mois, soit un litre d’eau riche en calcium, soit un litre d’eau minérale pauvre en calcium. Dans le groupe « calcium », la PTH a chuté de 14,1% par rapport au groupe placebo, l’ostéocalcine de 8,6%, la phosphatase alcaline osseuse de 11,5%, le C-télopeptide du collagène de type-1 de 16,3% dans le sérum et 13% dans l’urine. (2)

En 2018, une étude italienne a croisé les résultats de la littérature scientifique avec une étude clinique sur une trentaine de femmes non ménopausées ayant bu une eau riche en calcium (avec des apports alimentaires en calcium contrôlés par ailleurs) pendant 3 semaines (3).

Les auteurs concluent : “notre étude montre qu’une eau riche en calcium peut être une bonne source de calcium alimentaire pour les femmes jeunes, permettant un apport significatif en calcium biodisponible, que nous avons mesuré indirectement par la teneur en calcium des urines de 24 h. Notre étude confirme donc que l’eau riche en calcium peut contribuer de manière significative à l’apport journalier de ce minéral, sans apport calorique supplémentaire.”

L’eau minéralisée, bonne pour la santé…

Concernant le magnésium, des études expérimentales ont montré que le magnésium de l’eau est mieux absorbé (30% de plus) et plus rapidement que le magnésium des aliments solides. (4, 5) Chez l’animal, une eau riche en magnésium est plus efficace que des comprimés pour améliorer le statut en magnésium. (6)

Lire aussi :  Quel magnésium choisir

Au plan épidémiologique, de nombreuses études laissent penser que les minéraux de l’eau sont bénéfiques pour la santé. Plusieurs études ont trouvé que les personnes qui consomment une eau riche en magnésium ont un risque moins élevé de maladies cardiovasculaires que celles qui consomment une eau pauvre en magnésium. (7) (8) La synthèse de plusieurs études de ce type montre une diminution du risque de maladie coronarienne quand la concentration de l’eau en magnésium s’élève (9).

En 2019, une étude allemande s’est intéressée aux effets des eaux minérales sur l’équilibre acide-base de l’organisme (10). Dans cet essai clinique randomisé, 129 personnes en bonne santé ont bu 1,5 à 2 L d’eau minérale par jour pendant 4 semaines. 4 eaux différentes étaient données aux participants avec des teneurs en bicarbonates et des indices PRAL différents :

  • une eau pauvre en bicarbonates (403.0 mg/L) et à indice PRAL élevé (10,7),
  • une eau à teneur moyenne en bicarbonates (1816 mg/L) et à PRAL moyen (- 10,8),
  • une eau riche en bicarbonates (2451.0 mg/L) et à PRAL faible (−19.3),
  • et une eau à teneur moyenne en bicarbonates (1846.0 mg/L) et à indice PRAL faible (-22,1).

Résultats : à part la première eau, clairement acidifiante, toutes les eaux ont permis de réduire l’excrétion rénale d’acide nette (NAE). Avec l’eau à indice PRAL et teneur en bicarbonates moyens, la NAE a été réduite de 48%, contre 68% pour l’eau à la fois riche en bicarbonate et à indice PRAL faible. Pour les auteurs de l’étude, boire 1,5 à 2 L d’eau à teneur correcte en bicarbonates et à indice PRAL moyen à faible peut être utile en prévention des risques liés à une alimentation acidifiante (rappelons que l’alimentation occidentale actuelle est globalement acidifiante) : ostéoporose, fonte musculaire, insuffisance rénale…

Une preuve de plus que les minéraux de l’eau sont bien absorbés par l’organisme.

Lire aussi : Un régime acidifiant peut-il conduire à une acidose métabolique ?

… Ou moins bonne selon les minéraux présents

De la même manière, des travaux conduits en France ont montré que la consommation d’une eau riche en aluminium et pauvre en silice est liée à un risque plus élevé d’Alzheimer. (11) De multiples études ont aussi étudié la toxicité du plomb véhiculé par de vieilles canalisations. Donc l’eau peut à la fois être le vecteur de minéraux favorables à la santé, comme elle peut en apporter qui nuiront à la santé. 

En conclusion

Il est incontestable qu’il y a des différences dans l’absorption de minéraux selon qu’ils sont organiques ou pas, mais ces différences ne peuvent pas être réduites à un système binaire de « tout ou rien ».


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