En dépit du scepticisme qui entoure le réchauffement climatique, les épisodes de canicule et de fortes chaleurs s’intensifient chaque année dans l’Hexagone. Selon Météo France, on comptait en moyenne 5 jours de vagues de chaleur par an (source 1) sur la période 1976-2005. À l’horizon 2021-2050, “sans politique climatique”, ce nombre pourrait passer de 5 à 25 jours par an

Quand parle-t-on de canicule ?

En France, la période de fortes chaleurs pouvant donner lieu à des canicules s’étend généralement du 15 juillet (parfois depuis la fin juin) au 15 août. “Des jours de fortes chaleurs peuvent survenir en dehors de cette période mais ces journées chaudes ne méritent que très rarement le qualificatif de canicule”, précise Météo France. Quoi qu’il en soit, ces pics de températures constituent un réel danger pour la santé.  

Quelle température pour une canicule ?

Un épisode de canicule suppose une forte augmentation des températures, de jour, comme de nuit, sur une période prolongée (au minimum 3 jours et 3 nuits). Ce phénomène est difficile à caractériser, tant les seuils de températures anormalement élevées varient selon les régions du monde. En France métropolitaine, on parle de canicule lorsque la température est supérieure à 30-35 °C le jour et 18-20 °C la nuit

BON À SAVOIR

Le terme “canicule” vient du latin canicula qui signifie “petite chienne”. Ce nom désigne l’étoile “Sirius” (la plus brillante de la constellation du Grand Chien) qui se lève et se couche en même temps que le soleil, du 22 juillet au 22 août. 

Canicule : qu’en est-il en France ?

Les derniers épisodes de canicule en France métropolitaine ont eu lieu en 2019 (entre le 24 juin et le 7 juillet et le 21 et le 27 juillet). Selon le bulletin publié par Santé Publique France (source 2) en septembre, 1 435 décès ont été observés. Mais la canicule contemporaine la plus dévastatrice de part son intensité, sa durée et son étendue géographique, date d’août 2003. Elle a causé 15 000 décès supplémentaires par rapport à la mortalité habituelle de cette période. 

Quelles sont les prévisions météo pour 2020 ? 

En avril 2020, Météo-France alertait déjà sur la hausse exceptionnelle des températures. Depuis le début de l’année en moyenne, la température a atteint les 9,6 °C (source 3), soit une anomalie de +2,3 °C par rapport à la normale 1981-2010. “Cette température est la plus chaude mesurée sur la même période depuis le début du 20ème siècle”, constate l’organisme. Le mois de mai qui vient de s’écouler est le 12e mois consécutif plus chaud que la normale, en France, en Europe et à l’échelle mondiale. 

Alors faut-il s’inquiéter pour les mois de juillet et d’août 2020 ? “À ce stade, nul ne peut prétendre savoir si une (ou plusieurs) canicule(s) toucheront la France cet été”, souligne Météo Paris (source 4). Les prévisions font état d’un été sec et chaud, mais “par définition, une canicule n’est prévisible qu’à courte échéance“. Le risque de connaître un épisode de canicule est donc présent, au même titre que les années précédentes. 

Vagues de chaleur recensées en France entre 1947 et 2019
Vagues de chaleur recensées en France sur la période 1947 – 2019 © Météo-France

Plan national canicule 2020 

Afin d’anticiper et de réduire les conséquences de ces vagues de chaleur, un “plan national canicule” (PNC) a été mis en place suite aux épisodes de 2003. Il est organisé en quatre niveaux de vigilance météorologique (qui correspondent chacun à des actions de prévention et de gestion spécifiques) : 

  • Le niveau 1 – veille saisonnière (vigilance verte), activé automatiquement du 1er juin au 31 août de chaque année ; 
  • Le niveau 2 – avertissement chaleur (vigilance jaune), permettant de renforcer la communication autour des risques sanitaires ;   
  • Le niveau 3 – alerte canicule (vigilance orange), déclenché par les préfets de départements selon les recommandations de Météo-France ; 
  • Le niveau 4 – mobilisation maximale (vigilance rouge), activé en cas de canicule intense et durable dont les conséquences pèsent sur de nombreux secteurs (sécheresse, approvisionnement en eau potable, saturation des hôpitaux ou des pompes funèbres, panne d’électricité, feux de forêts, nécessité d’aménagement du temps de travail ou d’arrêt de certaines activités…)

Cette année, le ministère des Solidarités et de la Santé a enclenché la première phase du plan national canicule le 1er juin, prenant en compte le contexte sanitaire lié à la crise du coronavirus. En fonction de la situation de chaque département, différents niveaux pourront être activés. Le plan devrait s’étendre jusqu’au 15 septembre 2020. 

En Outre-mer, des voix s’élèvent toutefois pour réclamer une “adaptation du Plan canicule” Le 22 septembre 2019, la députée réunionnaise Nadia Ramassamy a ainsi écrit à la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, pour souligner le manque d’information et de soutien apporté aux territoires ultramarins soumis tout le long de l’année à des températures élevées

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Quels sont les risques liés à la canicule ? 

L’exposition prolongée à des températures élevées empêche l’organisme de récupérer : on a tendance à transpirer beaucoup et à moins manger. Une période de canicule peut donc entraîner fatigue, maux de tête, fièvre, maux de ventre, troubles du sommeil… 

Parfois, ces symptômes sont annonciateurs d’accidents graves, voire mortels, comme : 

  • La déshydratation, c’est-à-dire une diminution excessive, voire la quasi élimination de l’eau contenue dans nos tissus ; 
  • Une insolation (des suite d’une trop grande exposition au soleil (notamment au niveau de la tête et du coup)
  • Un coup de chaleur (ou hypothermie), soit une défaillance des mécanismes de l’organisme visant à contrôler la température ; 
  • De l’hyponatrémie, un risque moins connu caractérisé par un faible taux de sel dans le sang (lié à une trop grande absorption d’eau). 

Les pics de canicule peuvent aussi aggraver des pathologies préexistantes. Enfin, la consommation d’alcool ou la prise de médicaments au long cours comportent également des risques. Ces substances peuvent en effet tromper l’organisme et aggraver les effets de la chaleur. En cas de traitement médicamenteux régulier, n’hésitez pas à demander conseil à un médecin, une adaptation de doses peut être nécessaire.

Les signes qui doivent alerter :

  • Fièvre supérieure à 39°c ; 
  • Maux de tête, nausées, soif intense ; 
  • Somnolence anormale ; 
  • Crampes musculaires au niveau des bras, des jambes, du ventre ; 
  • Confusion mentale, convulsions, perte de connaissance. 
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Quelles sont les personnes à risque ?

Certaines personnes sont plus à risque en fonction de leur âge, de leur santé ou de leurs conditions de vie et de travail : 

  • Les personnes âgées de plus de 65 ans, particulièrement exposées aux pathologies chroniques, à la déshydratation (en raison d’une transpiration excessive) et à l’hyponatrémie (si elles s’hydratent trop) ; 
  • Les femmes enceintes, surtout en fin de grossesse (la chaleur décuple les désagréments : fatigue intense, jambes lourdes, essoufflement, difficultés à s’habiller ou à s’alimenter) ; 
  • Les enfants et les nourrissons (dépendants et plus exposés au risque de déshydratation rapide) ; 
  • Les personnes sans-abris ; 
  • Les travailleurs en plein air ; 
  • Les sportifs
  • Les personnes souffrant de troubles mentaux, de troubles du comportement ou de perte d’autonomie motrice
  • Les personnes souffrant de pathologies chroniques (insuffisance rénale, insuffisance cardiaque, insuffisance respiratoire, etc). 

À savoir : au moindre signe d’alerte, contactez le 15 et transportez la personne dans un endroit frais en attendant l’arrivée des secours. Les personnes âgées, isolées ou handicapées peuvent se faire connaître auprès des services municipaux pour figurer sur le registre communal afin que des équipes puissent leur venir en aide plus rapidement si besoin. 

En cas de fortes chaleurs, il est essentiel de se rafraîchir afin de faire baisser sa température corporelle et d’éviter des complications parfois dangereuses. Quelques conseils :  

  • Humidifiez votre peau – Si vous avez très chaud, l’eau froide du robinet ou une compresse glacée peuvent vous aider. Appliquez-les sur les zones sensibles, où la peau est plus fine, comme les poignets, les aisselles, la nuque et l’aine. En humidifiant régulièrement votre peau, vous parviendrez mieux à réguler votre transpiration. 
  • Portez des vêtements légers – Assurez-vous de vous habiller de façon adaptée pour faire face aux fortes chaleurs. Choisissez des vêtements clairs, respirants et larges si vous comptez sortir pendant la journée. Vous pouvez également prévoir une épaisseur absorbante en plus pour évacuer la transpiration et rester au frais.
  • Limitez vos activités physiques – Proscrivez tout effort (sport, jardinage, bricolage) aux heures les plus chaudes de la journée. Si vous souhaitez pratiquer une activité sportive, mouillez votre T‑shirt et votre casquette avant de les enfiler, laissez-les sécher sur la peau et renouveler le procédé régulièrement.
  • Maintenez votre logement au frais – Pour conserver la fraîcheur, pensez à fermer vos fenêtres et vos volets en journée. Préférez les ouvrir le soir, si les températures le permettent. Si possible, passez plusieurs heures par jour dans un lieu frais (cinéma, bibliothèque municipale, supermarché, musée…). 

Alimentation, boisson et canicule : quelles recommandations ?

Lorsque les températures deviennent suffocantes, il convient surtout de vous hydrater, dans la limite du raisonnable (généralement, 1,5 litre à 2 litres d’eau par jour suffisent à hydrater correctement l’organisme). Évitez certaines boissons comme le café ou la bière. En effet, la caféine et l’alcool peuvent stimuler la transpiration chez certaines personnes. De plus, les boissons chaudes risquent de vous réchauffer davantage. Prenez l’habitude de garder une bouteille d’eau à portée de main et n’attendez pas d’avoir soif pour boire.

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Veillez également à manger en quantité suffisante. Évitez les aliments riches en protéines, en sucre et en fibres, car ils nécessitent plus d’efforts d’un point de vue digestif, ce qui induit plus de chaleur métabolique et réchauffe le corps. Privilégiez les aliments légers, comme les fraises, les concombres ou les melons, car ils contribuent à l’hydratation de l’organisme et sont faciles à digérer et limitez -sans stopper- vos apports en sel. Côté gourmandise, optez plutôt pour des sorbets (moins caloriques que les crèmes glacées). 

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Le corps a besoin de fraîcheur pour se laisser tomber dans les bras de Morphée. Trouver le sommeil en période de canicule relève donc souvent du défi (sans compter la présence néfaste de moustiques). Il n’est pas anormal de constater un sommeil plus léger ou de rêver davantage. 

Il peut être tentant de laisser le ventilateur en marche toute la nuit, mais c’est loin d’être une bonne idée. Préférez suivre ces quelques conseils : 

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Nos animaux de compagnie pâtissent aussi des fortes chaleurs. La priorité est de s’assurer qu’ils aient suffisamment accès à leur point d’eau (de préférence à température ambiante ). N’hésitez pas à multiplier les gamelles et augmenter la part d’aliments humides en servant plutôt de la pâtée que des croquettes. 

S’il le supporte, optez pour des bains ou des jeux d’eau. Vous pouvez également rafraîchir votre animal à l’aide d’un gant de toilette humide au niveau de la tête, des pattes et des coussinets. Disposez des bouteilles d’eau fraîche dans son panier ou, s’il préfère s’étaler sur le sol, des serviettes mouillées.  Préférez les promenades aux heures les plus fraîches de la journée. En votre absence, fermez les volets et idéalement les fenêtres afin d’empêcher la chaleur d’entrer. 

Si vous constatez un halètement très marqué, une forte salivation, une apathie, des difficultés motrices ou des convulsions, contactez immédiatement votre vétérinaire

La plateforme téléphonique “Canicule Info service” 0 800 06 66 66 est disponible en cas de fortes chaleurs, tous les jours de 9h à 19h (appel gratuit depuis un poste fixe).

En cas d’urgence, composez le 15

Sources : 

(Source 1) Impacts du changement climatique sur les phénomènes hydrométéorologiques, Météo-France 

(Source 2) Système d’alerte canicule et santé. Bilan de mortalité des épisodes de chaleur de juin et juillet 2019, Santé Publique France

(Source 3) Climat : début d’année le plus chaud jamais mesuré en France, Météo-France

(Source 4) Y a-t-il un risque de canicule en France pour l’été 2020 ?,  Météo-Paris

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