LaNutrition.fr : Comment avez-vous eu l’idée de créer cette plate-forme ?

Dr Vincent Attalin : En tant que médecins nutritionnistes, on avait du mal à récupérer l’ensemble des données de santé des patients rapidement. En effet, si on veut savoir comment les gens vivent, mangent, dorment, etc., il faudrait au minimum deux heures de consultation, ce qui n’est pas possible. Aviitam permet de préparer les rendez-vous avec son/ses professionnels de santé, grâce à divers questionnaires. C’est un peu comme un GPS qui permet, à partir d’un point initial, de donner un itinéraire pour atteindre un objectif “Santé”. Sur ce carnet de santé en ligne, le professionnel de santé a accès à l’ensemble des éléments d’un patient : ses habitudes de vie comme tous les examens, ordonnances et résultats d’analyses qu’il a renseignés.

Quels professionnels de santé peuvent avoir accès à cette plate-forme ?

Tous les professionnels de santé ayant un numéro RPPS/Adeli sont concernés par cette plate-forme : médecins traitants, spécialistes, dentistes, kinésithérapeutes, sages-femmes… sans oublier les psychologues et les diététiciens. Nous avons souhaité inclure le plus de professionnels de santé possible, pas seulement les médecins.

Combien de personnes utilisent cette plate-forme aujourd’hui ?

Nous comptons actuellement 8000-10 000 patients et environ 1500 professionnels de santé. 

Comment les médecins ont-ils eu vent d’Aviitam ?

Comme tout est gratuit, nous n’avons pas les moyens de faire de la publicité. Mais nous avons mis en place un système de formation en ligne sur notre plate-forme, sur la prise en charge de l’obésité, du diabète ou encore la chirurgie bariatrique. Ces formations qui entrent dans le cadre de la formation continue obligatoire des médecins (DPC) ont aussi permis aux professionnels qui les ont suivies d’apprendre à se servir de notre plate-forme. Les patients, eux, sont invités par les secrétaires médicales, ou les professionnels de santé eux-mêmes, à l’utiliser avant un rendez-vous, afin d’entrer toutes les données de santé utiles.

La plate-forme propose aussi des programmes de santé personnalisés, notamment en cas de diabète ou de surpoids. Sur quoi sont-il basés ?

Nous avons croisé à la fois les bonnes pratiques de la Haute autorité de santé et des nouveautés issues de la recherche scientifique validée comme l’alimentation intuitive par exemple. Notre philosophie se situe vraiment à l’opposé du mot régime. Selon nous, les maladies chroniques ont à voir avec l’ensemble du mode de vie et c’est en changeant profondément ce dernier dans ses différents aspects qu’on arrive à des résultats durables. Aviitam permet une analyse très fine de l’état de santé au travers des habitudes de sommeil, alimentaires, des émotions, etc. Notre approche de la nutrition est très globale et comportementale. On s’intéresse à ce que les personnes mangent mais aussi à pourquoi elles les mangent.

La prise en charge du mode de vie n’est pas ce que les médecins font le plus actuellement en France. Comment reçoivent-ils cette plate-forme ?

Certains médecins ne veulent pas en entendre parler évidemment, et on ne va pas pas les forcer à venir. D’autres, en revanche, ont été sensibilisés par nos formations, ou le bouche-à-oreille, ou même encore par leurs patients ayant amélioré leur état de santé grâce à nos programmes.

Pensez-vous que le mode de vie sera de plus en plus pris en compte par la médecine ?

Il y a des avancées certaines comme le sport sur ordonnance qui monte doucement et que l’on a intégré à Aviitam. Les patients peuvent trouver un éducateur physique adapté près de chez eux grâce à la plate-forme et si leur bilan de santé indique qu’il faut faire de l’activité physique, ils peuvent ensuite se faire prescrire les séances par leur médecin. Et on voit que cela commence à prendre. Nous trouverions génial que les consultations diététiques soient également remboursées, au moins par les mutuelles, ce qui permettrait une meilleure prise en compte du mode de vie sur la santé globale. Aviitam peut d’ailleurs déjà être utilisé au quotidien par les diététiciens, car elle intègre tous les outils dont ils ont besoin pour suivre leurs patients et a l’avantage d’être gratuite.

Lire aussi : Diabète, surpoids : comment le mode de vie influence nos gènes

Propos recueillis par Priscille Tremblais.


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