Toute personne souffrant de maladie chronique se sent particulièrement vulnérable face à une crise sanitaire majeure comme celle liée à l’épidémie de covid-19. C’est le cas des 2,5 millions de Français souffrant d’eczéma, dont 20% d’enfants de moins de 7 ans. L’eczéma est la deuxième maladie de peau la plus fréquente après l’acné. Il peut se manifester sous la forme d’une dermatite atopique (eczéma atopique), d’uneczéma de contact ou d’un eczéma chronique des mains.

Est-on plus à risque de contracter le covid-19 si on est atteint d’eczéma ?

Oui et non, répond le comité scientifique et de recherche ResoEczéma. Les patients sous traitement immunosuppresseur (ciclosporine, méthotrexate, azathioprine, corticoïdes par voie orale ou injectable) sont considérés comme étant plus fragiles face au risque de contracter l’infection Covid-19, et doivent donc respecter tout particulièrement les recommandations des autorités sanitaires et le confinement. En revanche, les patients sous dupilumab et alitrétinoïne, n’ont pas de risque accru.

Faut-il suspendre son traitement ?

La règle rappelée régulièrement par les pouvoirs publics est la même pour tout malade chronique, avec ou sans symptômes de covid-19, et s’applique donc en cas d’eczéma : il est déconseillé d’arrêter brutalement son traitement sans avis médical.

Dans le prolongement de ces recommandations, le comité scientifique et de recherche ResoEczéma préconise de :

  • ne pas interrompre les traitements suivants sans avis médical : cortisone systémique (voie orale ou injectable) et immunosuppresseur systémique (méthotrexate, ciclosporine ou azathioprine) ;
  • poursuivre le traitement par alitretinoïne en cas d’eczéma chronique sévère des mains, les injections de dupilumab pour les formes sévères de dermatite atopique (biothérapie qui n’entraine pas de surrisque infectieux), de même que le tacrolimus.
  • maintenir dans les mêmes conditions les traitements de fond à base de corticoïde inhalé, pour éviter une aggravation de la pathologie ;
  • continuer à l’identique les traitements locaux sous corticoïdes topiques (crèmes, pommades, lotions). Ils sont sans risque.

Les patients sous traitement ne doivent pas hésiter à contacter leur médecin pour évaluer, au cas par cas, la balance bénéfice/risque de poursuivre leur traitement pendant l’épidémie, et ainsi limiter le risque de développer des complications en cas d’affection au Covid 19.

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Doit-on aller chez son médecin pour renouveler son ordonnance ?

Non : les pharmacies sont exceptionnellement autorisées jusqu’au 31mai 2020 à délivrer leurs médicaments aux patients suivant un traitement chronique dont l’ordonnance est expirée.  

Peut-on bénéficier d’un arrêt de travail pendant l’épidémie ?

Les personnes répondant aux critères de vulnérabilité et ne pouvant pas télétravailler pouvaient en effet depuis la mi-mars demander un arrêt de travail via internet (site declare.ameli.fr), sans passer par l’employeur ou le médecin traitant. Les personnes recevant untraitement immunosuppresseur font partie de cette liste de patients vulnérables. Dans le cas des patients souffrant d’eczéma, la mesure concerne donc uniquement ceux sous immunosuppresseurs systémiques (méthotrexate, ciclosporine, azathioprine), cortisone systémique (voie orale ou injectable), ou biothérapies (anti TNF alpha, anti IL12/23, anti IL17 et anti IL 23).

Ce dispositif évolue à compter du 1er mai. Les personnes concernées seront placées en activité partielle par leur employeur qui leur versera une indemnisation. Si le salarié a obtenu son arrêt de travail via le site declare.ameli.fr, il recevra automatiquement de l’Assurance-maladie un certificat à remettre à son employeur. Si le salarié a obtenu son arrêt de travail par un médecin, il doit le solliciter de nouveau pour se faire établir un certificat d’isolement qu’il devra remettre à son employeur pour être placé en activité partielle.

Que faire pour ne pas aggraver un eczéma des mains à cause des lavages fréquents ?

Le lavage régulier des mains au savon ou au gel hydroalcoolique fait partie des mesures barrière à respecter pour limiter la transmission du virus. Un geste essentiel mais qui fragilise encore davantage des peaux sèches et meurtries par l’eczéma.

« Pour le lavage des mains au savon, il est recommandé aux patients d’utiliser des savons “sans savon”, des savons adaptés aux peaux atopiques ou des huiles lavantes, en privilégiant toujours des produits sans parfum. Les mains doivent ensuite être séchées délicatement, sans frotter », précise l’Association française d’eczéma.

Si le lavage a lieu avec du gel hydroalcoolique, il est fortement conseillé de réhydrater la peau après avoir appliqué le gel, avec des crèmes émollientes ou des crèmes “écrans” non allergisantes.

L’Association met à disposition des patients son application gratuite “Vivre avec l’eczéma chronique des mains” : version IOS ou version Android.

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Faut-il porter des gants ou un foulard pour se protéger ?

  • Non en ce qui concerne les gants, répond l’Association française d’eczéma : porter des gants en latex ou en vinyle surtout  en cas d’eczéma des  mains a pour effet de favoriser la transpiration et la macération de la peau.
  • Quant au foulard, que certains patients adoptent pour se protéger le visage en raison de la pénurie de masques, il est également déconseillé car il accentue le frottement sur une peau déjà sèche. En plus d’être inefficace, il peut entrainer de nouvelles plaques sur le visage et le cou et des démangeaisons, avec le risque de se toucher le visage et de contracter le virus par les mains.
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La différence n’est pas toujours facile en effet, souligne le Dr Pierre-André Bécherel, dermatologue, membre de Reso, car les signes cutanés associés au covid sont très hétérogènes. Dans l’eczéma les lésions grattent beaucoup, avec des petites vésicules d’eau sur les côtés des orteils, et des croûtes ensuite. Ces symptômes caractéristiques de l’eczéma ne peuvent pas se confondre avec ceux d’une engelure, de couleur plus foncée voire violette, avec des douleurs parfois importantes gênant la marche, sans démangeaisons, sans vésicules d’eau. Les orteils touchés par une engelure sont froids au toucher, alors qu’en cas d’eczéma la peau est chaude. Il ne faut pas hésiter à contacter son médecin et à lui envoyer une photo des lésions via téléconsultation.

Une ligne téléphonique gratuite pour aider les patients. RESO, en partenariat avec les associations de patients, lance Doctoderm, une ligne d’information gratuite, pour les patients atteints d’eczéma, d’urticaire chronique, de dermatite atopique, de psoriasis : O9 70 249 442. Accessible en France (y compris Dom-Tom) 6 jours/7, de 9h à 12h et de 14h à 19h.

Sources : Association française de l’eczéma, ResoEczéma.

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