Quelles sont les recommandations de l’Académie nationale de médecine ?

L’Académie de médecine fait savoir qu’en Asie, depuis de nombreuses années, le port d’un masque anti-projection par la population est aussi bien une mesure de prévention qu’un acte de civisme en situation d’épidémie de virus respiratoire. Les pays asiatiques ont notamment été frappés par le virus du SRAS en 2003, et face à l’épidémie de covid-19, cette mesure a contribué à une réduction du taux de reproduction du virus à Taïwan, Singapour et en Corée du Sud.

Il est établi que des personnes en période d’incubation ou asymptomatiques excrètent le virus ce qui entretient la transmission de l’infection, c’est pourquoi l’institution se prononce pour le port généralisé d’un masque par la population française : « Cela constituerait une addition logique aux mesures barrières actuellement en vigueur », indique-t-elle. Elle recommande donc le port obligatoire d’un masque dit « alternatif » ou « grand public » pour les sorties en période de confinement mais aussi lors de sa levée, jusqu’à l’absence de nouveau cas déclaré pendant une période de 14 jours. Un type de masque dont les indications pratiques pour la fabrication devraient être portées à la connaissance de tous.

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Quels sont les différents types de masques de protection et à quoi servent-ils ?

Un masque FFP

C’est un appareil de protection respiratoire (norme NF EN 149) destiné à protéger celui qui le porte à la fois contre l’inhalation de gouttelettes et contre des particules en suspension dans l’air, qui pourraient contenir des agents infectieux. Le port de ce type de masque de différentes formes (coque, 2 plis, 3 plis, becs de canard…) est plus contraignant (inconfort thermique, résistance respiratoire) que celui d’un masque chirurgical. D’après l’Afnor, il en existe trois catégories selon leur efficacité, estimée en fonction de l’efficacité du filtre et de la fuite au visage : les masques FFP1 filtrant au moins 80 % des aérosols, les masques FFP2 filtrant au moins 94 % des aérosols et les masques FFP3 filtrant au moins 99 % des aérosols. Sa durée d’utilisation est de 8 heures.

Un masque chirurgical ou masque anti-projections

C’est un dispositif médical destiné à éviter la projection vers l’entourage des gouttelettes émises par celui qui porte le masque. Il protège également celui qui le porte contre les projections de gouttelettes émises par une personne en vis-à-vis, mais l’Afnor souligne qu’il « ne protège pas contre l’inhalation de très petites particules en suspension dans l’air. » Comme le précise le site Euramatérials, il s’agit de sécrétions issues des voies aériennes supérieures (nez, bouche, pharynx, larynx) d’une taille de moins de 5 microns, qui peuvent contenir des agents infectieux transmissibles. Ce masque constitue également un geste barrière en diminuant la fréquence des contacts main-bouche. Sa durée d’utilisation ne doit pas dépasser 4 heures.

Enfin, le masque « alternatif »

Il appartient à la catégorie de masques à usage non sanitaire est destiné à compléter les gestes barrières et de distanciation sociale. Comme l’explique le collectif français « Stop postillons » lancé par des médecins, il s’agit d’écrans (à défaut de masques) pour toute la population. « L’idée est un port collectif : mon écran te protège, ton écran me protège : nos écrans nous protègent. », affirme-t-il. Il peut s’agir de masques confectionnés à la maison dans du tissu vestimentaire (coton ou polyester), mais en aucun cas de dispositifs médicaux. Face à la multiplication en ligne de tutoriels et modèles de fabrication aux qualités hétérogènes et parfois douteuses, l’Afnor a pris l’initiative de produire un document de référence sur son site Internet.

Qui peut en bénéficier et quand est-il recommandé d’en porter ?

C’est là tout le débat depuis plusieurs semaines. Une chose est sûre : de fait de leur faible disponibilité, les masques certifiés (chirurgicaux ou FFP2) sont réservés aux soignants (établissements de santé, établissements médico-sociaux, professionnels de santé du secteur libéral) et agents de services publics afin qu’ils puissent assurer au maximum leur mission en toute sécurité. Le gouvernement a par ailleurs fait savoir le 31 mars dernier que les autorités travaillent avec les industriels du textile pour développer des masques qui, en complément des gestes barrière, offrent une protection adaptée pour certaines activités professionnelles, en dehors du domaine médical.

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Deux nouvelles catégories de masques en tissu ont ainsi été définies : des masques à usage des professionnels en contact avec le public (ils filtrent au moins 90 % particules de 3 microns) destinés à être proposés à des populations amenées à rencontrer un grand nombre de personnes lors de leurs activités (hôtesses et hôtes de caisses, forces de l’ordre …), et des masques de protection à visée collective (ils filtrent au moins 70 % des particules de 3 microns) destinés à l’usage d’individus ayant des contacts occasionnels avec d’autres personnes dans le cadre professionnel. Ce masque pourra être porté par l’ensemble des individus d’un sous-groupe (entreprise, service) lorsque les conditions de travail le nécessitent. « Ces masques pourront, le cas échéant, être proposés au plus grand nombre lors des sorties autorisées dans le contexte de confinement », souligne l’Agence nationale du médicament qui supervise cette démarche.

Les masques à usage médical peuvent également être portés par des patients COVID-19 positifs et par les personnes qui sont en contact rapproché avec des malades pour réduire le risque de propagation de l’infection. Quant aux masques « grand public » non normés actuellement, l’Académie de médecine recommande leur port lors des sorties autorisées en période de confinement, par exemple les achats de première nécessité. Et selon le collectif français « Stop postillons », l’une des idées pour que la phase de déconfinement se passe dans de bonnes conditions sera de « confiner » les nez et bouches, « au moyen de ces écrans anti-postillons, à défaut de masques. » Ces masques seraient donc à destination du grand public et notamment pour toute personne saine ou asymptomatique.

Les masques nous protègent-ils efficacement du coronavirus ?

Peu importe le type de masque, le risque de transmission indirecte existe toujours, par exemple en se frottant les yeux après avoir touché une surface contaminée par le SARS-CoV-2 sans se laver les mains par la suite. Sans compter que tous les masques offrent une protection plus ou moins garantie uniquement s’ils sont bien adaptés au nez et au contour de la bouche afin qu’il y ait le moins d’interstices possible.

Autrement, les masques chirurgicaux peuvent limiter les projections de gouttelettes, et donc diminuer les risques de contamination entre personnes. Mais la question est de savoir s’ils peuvent bloquer toutes les particules virales, comme le précise une étude parue dans la revue médicale Nature le 03 avril. Ses auteurs disant avoir « démontré l’efficacité des masques chirurgicaux pour réduire la détection des coronavirus dans les grosses gouttelettes respiratoires et dans les aérosols (l’air expiré) ».

Les masques de protection respiratoire individuelle (FFP2) offrent l’avantage supplémentaire d’être plus sophistiqués en filtrant l’air inspiré et expiré, c’est pourquoi ils sont réservés aux soignants.

Qu’en est-il des masques de protection fait maison ?

Les avis scientifiques divergent en revanche en ce qui concerne les masques « do it yourself» fabriqués avec du tissu, du papier, du coton, du polyester ou du plastique. Etant donné qu’ils ne sont pas conçus selon les mêmes caractéristiques et normes, ils ne répondent pas aux standards de qualité attendus par les professionnels de santé : ils n’atteignent pas le haut niveau de filtration des masques chirurgicaux ni de filtration de l’air des masques respiratoires. La Société française des sciences de la stérilisation et la Société française d’hygiène hospitalière affirment ainsi dans un communiqué commun qu’il « n’existe pas de preuve scientifique de l’efficacité des masques en tissu. »

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Cette question fait donc aussi débat, certains scientifiques estiment que c’est mieux que rien. Le site Euramatérials estime pour sa part que les masques artisanaux « ont l’avantage d’améliorer les gestes barrières en limitant la transmission des postillons des personnes qui les portent, en diminuant la transmission par contact main-bouche et en faisant inconsciemment augmenter les distances de sécurité avec l’entourage ». Mais ce n’est pas tant leur efficacité qui pose question, les autorités sanitaires craignent surtout l’émergence d’un « faux sentiment de sécurité » si leur utilisation se généralise. « Si nous portions tous un masque (…) les mesures en matière d’hygiène des mains et de distanciation sociale pourraient être prises à la légère. Nous pourrions hélas en faire les frais et même entraîner une augmentation du risque de contamination » indique l’association de consommateurs belge Test-Achats.

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Quelles sont les bonnes pratiques liées à l’usage de ces masques ?

Outre le fait de respecter la durée d’utilisation, il est indispensable d’adopter certaines recommandations qui s’appliquent à tous les masques. Avant tout, il est indispensable de se laver les mains à l’eau et au savon ou avec une solution hydroalcoolique avant d’en mettre un, puis avant et après l’avoir enlevé. Il faut l’appliquer de façon à recouvrir le nez et la bouche et veiller à l’ajuster au mieux sur son visage, sans oublier de vérifier l’absence de jet d’air dans les yeux (lors d’une expiration forte).

Pendant le port du masque, celui-ci ne doit pas être touché ou déplacé : chaque fois que l’on touche un masque usagé, le lavage des mains est obligatoire.

En cas de besoin de boire ou de manger, le masque doit être changé, de même lorsqu’il est humide. Il doit par ailleurs être enlevé par derrière (par les lanières): il ne faut pas toucher le devant. Enfin, il convient de le jeter immédiatement dans un sac plastique à part bien fermé, tout comme les autres matériels sensibles que sont les gants et les mouchoirs usagés, à conserver 24 heures avant de le placer dans la poubelle générale.

Une fois qu’on a porté son masque fait maison pendant la journée, que fait-on ?

L’association UFC-Que Choisir atteste en premier lieu qu’un masque artisanal en tissu n’est efficace que le temps de quelques courses à l’extérieur : il faut le mettre en place au moment de partir, après s’être lavé les mains, et attendre d’être rentré pour l’ôter. Selon elle, « un nettoyage s’impose après chaque utilisation, sans excès. C’est le savon qui débarrasse le tissu d’une éventuelle contamination, de l’eau chaude du robinet suffit. »

Si un lavage à 30°C au minimum en utilisant sa lessive classique suffit, l’Afnor recommande plutôt un lavage cycle coton à 60 °C. France Info conseille également de le mettre ensuite au sèche-linge ou d’utiliser un sèche-cheveux « car il ne doit pas rester d’humidité » Enfin, une fois propre, il ne pas faut pas oublier de vérifier que le masque n’a pas été abîmé. « S’il a la moindre usure ou déformation, le masque doit être jeté car son efficacité n’est plus certaine. »

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Comment bien désinfecter les différentes surfaces en période d’épidémie ?

Certains pays vont jusqu’à interdire les sorties « nez et bouches non couverts » (Autriche, République tchèque, Slovaquie, Slovénie…). Ainsi, l’Autriche, l’un des premiers pays européens à entamer prochainement un déconfinement progressif, a ordonné le port du masque dans l’espace public et les grands magasins. Depuis la semaine dernière, le chancelier autrichien Sebastian Kurz impose les masques de type chirurgicaux à usage unique, dans les supermarchés. La Slovaquie et la Slovénie ont par ailleurs décidé d’imposer le port du masque sous peine de sanctions. En Allemagne, c’est l’Institut Robert-Koch qui s’est prononcé pour encourager le port de masques au sein du public, même fabriqués chez soi.

Aux Etats-Unis, le Centers for diseases control (CDC) recommande « le port de masques en tissu dans les environnements où le maintien des mesures de distanciation sociale est difficile, par exemple dans les épiceries ou les pharmacies, dans les zones où la transmission intra-communautaire est importante ». Le président Donald Trump lui-même a conseillé aux Américains de se couvrir le visage avec des masques artisanaux, des foulards ou des bandanas lorsqu’ils sortent de chez eux, précisant que cette mesure n’est pas obligatoire et ne doit pas faire oublier l’importance de la distanciation sociale. Cette annonce fait suite à l’émergence de l’hypothèse « aérosols » évoquée par le Pr Anthony Fauci, conseiller de Donald Trump. Ce dernier a évoqué la possibilité que le nouveau coronavirus « puisse se transmettre quand les gens ne font que parler, plutôt que seulement lorsqu’ils éternuent ou toussent ».

Pourquoi le port du masque ne dispense-t-il pas des mesures barrière ?

Les agences sanitaires sont unanimes sur le fait qu’il s’agit en réalité d’un geste barrière additionnel, qui ne doit donc pas remplacer ceux déjà connus (se laver régulièrement les mains, tousser dans son coude, utiliser des mouchoirs à usage unique, nettoyer régulièrement les surfaces souillées, rester chez soi jusqu’à disparition des symptômes) et qui s’applique en parallèle de la distanciation sociale.

Ces mesures se complètent entre elles car il faut savoir que le SARS-CoV-2 se propage par les gouttelettes émises lors de la toux ou des éternuements, et peut-être par les aérosols viraux présents dans le souffle, mais aussi par les mains. Or, les masques ne couvrent pas l’intégralité du visage et il peut être difficile de se débarrasser du réflexe de le toucher (il ne faut pas se toucher les yeux par exemple). Il convient aussi de rappeler que le port d’un masque artisanal peut permettre d’éviter que les gouttelettes respiratoires ne contaminent les autres ou n’atterrissent sur des surfaces mais, encore une fois, rien ne prouve qu’il protège efficacement la personne qui le porte.

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Le port du masque de protection va-t-il devenir obligatoire en France ?

Depuis le début de l’épidémie, le gouvernement faisait savoir à l’instar de l’Organisation mondiale de la santé que le port généralisé du masque n’était pas nécessaire. Une position qui s’explique en partie par le fait que les autorités sanitaires craignent qu’en invitant la population à s’équiper de masques, il ne soit plus possible d’en assurer la distribution pour les personnels soignants, qui en ont le plus fondamentalement besoin, comme l’explique Le Monde. Mais sa position semble évoluer au fil des jours.

Lors de son point presse du vendredi 03 avril, le directeur général de la santé Jérôme Salomon, a affirmé que « si nous avons l’accès à des masques, nous encourageons effectivement le grand public, s’il le souhaite, à porter des masques, en particulier ces masques alternatifs qui sont en cours de production ». Le lendemain soir, son discours évoluait un peu plus : « Peut-être qu’un jour nous proposerons à tout le monde de porter un masque mais on n’en est pas là. Tout ça se discute avec les experts, avec le conseil scientifique et avec les experts de virologie.» Pour l’instant, aucune consigne clairement officielle n’émarge du gouvernement, mais certaines villes françaises s’y mettent déjà à l’instar de Nice et de Sceaux (à compter du 8 avril selon un arrêté). La mairie de Paris a, elle, indiqué que deux millions de masques en tissu seraient offerts aux Parisiens d’ici quelques jours.

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Que fait l’Etat en ce qui concerne la commande de masques ?

A la suite de la création de deux nouvelles catégories de masques à usage non sanitaire (voir plus haut), le gouvernement a fait accélérer sa production de masquesauprès de l’industrie textile. Un « appel à propositions a été lancé par la Direction générale des entreprises du ministère de l’Economie et des Finances à destination d’entreprises prêtes à proposer des solutions pour augmenter la capacité de production nationale », fait-il savoir.

Sur son site, l’AFP souligne qu’en attendant l’arrivée sur le marché de ces masques alternatifs destinés au milieu professionnel, la hausse de la production dans les quatre entreprises françaises de masques va permettre de porter l’effort national de 15 millions à 40 millions de masques par mois courant avril. « Mais les besoins pour le personnel soignant et les Ehpad sont évalués à 40 millions par semaine », a souligné l’Elysée. Enfin, le ministre de la Santé Olivier Véran a fait savoir que la France a commandé deux milliards de masques à la Chine, et que 500.000 masques seront livrés par jour au secteur médico-social.

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