Lorsqu’on souffre d’allergie alimentaire, faire ses courses n’est déjà pas facile. Et la pandémie de coronavirus n’a pas arrangé la situation. Certains produits utilisés comme substituts par les personnes allergiques sont plus difficiles d’accès, et les options deviennent de plus en plus limitées. A cela s’ajoute l’angoisse d’une contamination en cas d’hospitalisation d’urgence, et celle de l’approvisionnement de médicaments.

En Europe, ce type d’allergie toucherait 6 % des enfants, et plus de 3 % des adultes, d’après les chiffres de l’Assurance Maladie. Les aliments les plus souvent en cause sont, chez l’enfant, l’œuf, l’arachide, le lait de vache, la moutarde, le poisson, les fruits à coque et le gluten. Chez l’adulte, il s’agit de certains fruits, les poissons, crustacés et mollusques, le gluten, le soja, ainsi que le céleri, la moutarde, le sésame et les lupins.

L’angoisse d’une hospitalisation

Si une personne atteinte d’allergie alimentaire consomme l’allergène en question, son système immunitaire réagit de façon brutale. Les symptômes peuvent être de nature respiratoire, cutanée ou digestive, et aller jusqu’au choc anaphylactique.

Dans ce dernier cas, beaucoup plus fréquent chez l’adulte, le risque est vital. Les systèmes cardio-vasculaire, neurologique, respiratoire, cutané et muqueux sont concernés. Pour traiter le choc anaphylactique, la personne allergique doit recevoir une injection intramusculaire d’adrénaline, suivie le plus souvent d’une hospitalisation

Les patients à risque savent généralement comment réagir, et gardent avec eux leur traitement d’urgence. Mais l’inquiétude face à une hospitalisation, pour soi-même ou pour un proche ou un enfant allergique, augmente en période de pandémie. C’est pourquoi, certains se donnent beaucoup de mal pour trouver des produits sécurisés, font des recherches poussées au niveau des ingrédients, préparent des repas de A à Z, et contactent même certains fabricants pour essayer de se faire livrer.

Se passer des produits industriels

D’après le docteur Madeleine Epstein, allergologue et vice-présidente du syndicat français des allergologues (SYFAL), la pandémie représente l’occasion idéale de repenser son rapport à la nutrition. “Le manque de choix dans les supermarchés peut aider les personnes souffrant d’allergies alimentaires à se passer des produits tout prêts”, explique-t-elle. “Préparer ses plats en achetant les matières premières permet de réduire à zéro le risque d’allergène.”

La spécialiste rappelle un détail important : en temps de confinement, les obstacles les plus fréquentsà une alimentation “maison” ne sont plus d’actualité. La cantine au travail et les sorties au restaurant entre amis ne peuvent plus vous freiner.

Devoir changer de marque et de composition

Mais les patients ne sont malheureusement pas tous logés à la même enseigne. Les personnes vivant en ville ont accès à plus de commerces et de produits spécialisés, mais ceux qui habitent dans des lieux plus reculés sont confrontés à des difficultés d’approvisionnement.

Pascale Couratier, présidente de l’association de patients AFPRAL (Association Française pour la Prévention des Allergies), a reçu des témoignages de patients isolés, dont le moment des courses s’est transformé en casse-tête. “Les personnes allergiques ont confiance en certaines marques et certains produits garantis sans allergènes, mais qui sont désormais difficiles d’accès. Ils doivent donc changer de marques, et ont l’impression de courir un risque.”

Trouver des produits alimentaires dont les informations de compositionsontfiables est d’autant plus essentiel. Il s’agit, par exemple, de farines sans traces de fruits à coque ou de soja, des gâteaux garantis sans lait, ou encore des pâtes sans œufs.

Autre problème mis en avant par les patients de l’AFPRAL : le système du drive. “Il arrive que certaines enseignes substituent un produit lorsque ce dernier n’est plus disponible”, explique Pascale Couratier. “On se retrouve alors avec un aliment d’une composition différente, et parfois inutilisable.”

Un suivi toujours possible

En dehors des repas quotidiens, Madeleine Epstein tient à rassurer les patients. Le suivi en période de confinement est toujours possible, grâce à la téléconsultation. “N’hésitez pas à poser vos questions à votre allergologue habituel. Nous ne pouvons pas réaliser des tests, mais nous pouvons travailler sur d’autres points.” Des consultations par téléphone, en cas de mauvaise connexion internet, sont également possibles.

Même son de cloche du côté d’Etienne Bidat, allergologue et pneumo-pédiatre à Paris : “Il est essentiel que les patients continuent à consulter en cas de pathologie chronique. Dans le domaine de l’allergie alimentaire, la téléconsultation est amplement suffisante.” Le médecin a consulté des nouveaux patients à distance, et ce système “fonctionne très bien”, assure-t-il.

Et en cas d’urgence ?

Et que faire en cas de réaction allergique grave ? Comme en témoigne Pascale Couratier, de l’association de patients, certains parents sont stressés à l’idée que leur enfant soit hospitalisé et ainsi confronté à une éventuelle charge virale.

“Suivez la procédure habituelle et appelez le 15 si vous sentez que quelque chose ne va pas. Le SAMU évaluera l’urgence“, indique le docteur Madeleine Epstein. Si vous avez le matériel nécessaire chez vous, “vous pouvez l’utiliser comme vous l’avez appris”, avant de contacter votre allergologue.

En cas d’hospitalisation pour surveiller les symptômes après l’injection d’adrénaline, le docteur Etienne Bidat tient à signaler que les urgences sont très bien équipées. “Les secteurs confrontés au Covid-19 sont cloisonnés, et les parties réservées aux autres types d’urgence sont vides.”

Obtenir un stylo d’adrénaline sans nouvelle ordonnance

Encore faut-il être équipé, comme l’indiquent les spécialistes, d’un stylo d’adrénaline permettant l’auto-injection en urgence, en cas de réaction allergique grave généralisée. Pascale Couratier rappelle que l’une des premières inquiétudes des patients, une fois le confinement prononcé, concernait justement l’approvisionnementde ce produit.

L’association a insisté pour que l’adrénaline puisse être délivrée en l’absence de nouvelle prescription médicale. Elle et a obtenu de l’Agence nationale de sécurité du médicament une dérogation particulière, s’appliquant jusqu’au 31 mars 2020, qui a rassuré les patients.

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