La maladie infectieuse COVID-19 peut entraîner des formes sévères de détresse respiratoire. Les patients les plus gravement atteints nécessitent une surveillance constante de leurs fonctions vitales en service de réanimation. Siham Zriouel, médecin anesthésiste-réanimateur, a accepté de partager son quotidien au sein du service de réanimation chirurgicale de l’hôpital Saint-Antoine (75012) . 

“C’est une maladie nouvelle que l’on apprivoise encore au quotidien”

“Cette épidémie a bousculé le quotidien des hôpitaux et des soignants. Ici, le nombre de lits de réanimation a plus que doublé : nous avons créé des lits supplémentaires au bloc opératoire et dans des services de soins continus. Forcément, il a fallu renforcer les effectifs pour faire face à l’afflux de malades. Le nombre de médecins de garde de nuit a doublé. De même pour le week-end. Personnellement je ne travaillais plus à Saint-Antoine et suis revenue prêter main forte à mes collègues. Les liens se sont renforcés à l’intérieur même de l’hôpital, entre les membres de chaque équipe et entre les équipes des différents services.

Aujourd’hui en réanimation chirurgicale (ouverte 7 jours sur 7 grâce à la synergie de six équipes différentes), nous sommes passés de 16 à 43 lits, dont 24 lits de réanimation Covid et 8 lits de soins intensifs Covid. Il s’agit principalement de patients jeunes, des hommes avec des facteurs de risques. En temps normal, les patients jeunes ont de meilleurs pronostics en réanimation, mais cela semble différent avec le Covid-19.”

On se trouve parfois démunis, certains malades ne répondent pas à nos ressources thérapeutiques comme on le souhaiterait. 

“Je me demande si je vais pouvoir tenir sur le moyen-long terme”

“Les familles ne peuvent plus rendre visite à leurs proches malades. Cela rend la situation d’autant plus compliquée à vivre pour nous, soignants, qui sommes confrontés à leur détresse. Les équipes paramédicales passent beaucoup plus de temps auprès des patients. Ils ont donc moins de temps pour répondre au téléphone. En renfort, les médecins réanimateurs de mon service se sont engagés à appeler quotidiennement une personne référente pour chaque malade. Cela ne remplace pas les visites, nous en avons conscience, mais la situation l’exige.

Je crains que la restriction des visites ne soit un vrai blocage au deuil des familles. Sans oublier les conséquences sur notre moral. La situation actuelle n’a rien à voir avec le quotidien d’un médecin. Sortir de l’hôpital en ayant perdu un patient et rentrer chez soi, confiné, c’est un quotidien difficile et inhabituel. Tout le monde est pris dans l’instant présent et l’adrénaline. On fait au mieux, mais on sent que l’angoisse s’installe et je me demande si je vais  pouvoir tenir sur du moyen-long terme.”

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“Nous essayons de centraliser au maximum les examens cliniques et les soins”

“Je ne m’inquiète pas tellement pour ma santé. En service de réanimation, il n’y a pas carence de matériel de protection pour les soignants, une économie mais pas de manque. Je ne sais pas pour les autres services. Nous essayons de centraliser au maximum les examens cliniques et les soins par soucis d’économie de matériel, sans pour autant qu’il n’y ait de rupture à ce jour. 

En tant que jeune médecin, en France, en 2020, je n’aurais pas pensé vivre cette situation. Je ne pensais pas que j’aurais eu à me poser la question des économies de matériel ou de médicaments. 

Parce qu’on commence aussi à avoir des problèmes d’approvisionnement en médicamentsnécessaires à la sédation et à la curarisation en anesthésie. Actuellement, on est obligé de peser chacune de nos indications et de faire jouer des synergies médicamenteuses. En alliant certains médicaments, on peut baisser leurs doses respectives et obtenir le même résultat que si l’on avait utilisé un seul médicament à plus forte dose.” 

“Cette épidémie a frappé un hôpital public à bout de souffle”

“Je travaille à l’hôpital public depuis que j’ai 19 ans. J’ai vécu et ai été témoin de la dégradation des moyens. Cette épidémie a frappé un hôpital public à bout de souffle : les équipes étaient épuisées, les conditions de travail étaient de plus en plus difficiles et les médecins amenés à devenir toujours plus polyvalents. Ce glissement des tâches est d’ailleurs un élément expliquant le manque d’attractivité de l’hôpital public.

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On nous parle de primes, de revalorisation des professions médicales et paramédicales. Pour le moment ce ne sont que des annonces. Mais j’ose espérer que cette situation peut être un mal pour un bien. Peut-être qu’on va enfin prendre conscience que l’hôpital ne peut pas être géré comme une entreprise. Si cela arrive, ce ne sera pas du jour au lendemain, mais ça permettra de rendre l’hôpital de nouveau attractif pour les jeunes.

Le point positif, c’est le renforcement de l’esprit d’ équipe alors que tout le monde s’était recroquevillé sur soi. Notons aussi le lien qui s’est créé avec le grand public. Tout cela est nouveau, d’autant que nos spécialités en réanimation ou aux urgences sont parfois méconnues. En effet, certains voisins peuvent être méfiants, on a vu des exemples surréalistes relayés sur les réseaux sociaux. Mais il y a de belles choses qui se créent. Moi je retiens surtout que les soignants ont pu reprendre la parole, éteinte ces dernières années, par exemple par le biais de pages Instagram gérées par nous-mêmes. Nous partageons d’ailleurs le quotidien de notre service sur notre propre page : @saintantoinedar. J’espère que ce soutien populaire nous permettra de nous faire entendre.

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