En moyenne, notre main entre en contact avec notre visage jusqu’à 3 000 fois dans la journée. Selon une étude réalisée aux Etats-Unis en 2015, des étudiants en médecine se touchent le visage 23 fois par heure. “Or, le nez, les yeux et la bouche sont des portes d’entrée pour les virus et les bactéries”, rappellent les autorités sanitaires.

Le coronavirus se transmet via des gouttelettes émises par la toux ou l’éternuement. En touchant une surface contaminée et en portant les mains à ses muqueuses comme le nez, la bouche ou les yeux, nous risquons la contamination. C’est pourquoi l’Organisation mondiale de la santé et de nombreuses institutions ont demandé d’éviter le contact mains-visage autant que possible.

Pourquoi se touche-t-on autant le visage ?

Des petits gestes anodins comme le fait de se gratter le nez, se frotter les yeux ou se toucher le front sont des moyens inconscients que nous mettons en place pour apaiser les tensions musculaires ou émotionnelles.

Il s’agirait d’un réflexe archaïque, partagé également par nos cousins les gorilles, les orangs-outans et les chimpanzés.

Certaines études ont montré que le fœtus se touche le visage avant la naissance, et d’autres travaux suggèrent que nous portons nos mains au visage après avoir été en contact avec nos congénères pour sentir leur odeur. Nos mains sont également très liées à notre inconscient, et les démangeaisons ont tendance à apparaître en situation de stress. Se toucher permet donc de se rassurer, de se protéger, de communiquer son état d’esprit, et éventuellement de cacher une gêne.

Le paradoxe de l’interdiction

Pour Benjamin Lubszynski, thérapeute, il ne faut pas oublier l’aspect contre-productif d’une interdiction : “Quand on dit de ne pas toucher son visage, ça donne envie de le faire. L’injonction rajoute de l’envie. Et vu le taux d’anxiété qui circule en ce moment, il est particulièrement difficile d’y résister.”

L’inconscient joue aussi un rôle dans ce réflexe, d’après la psychologue et psychanalyste Patricia Mozdzan : “Nous pouvons avoir envie de boucher certains orifices pour se protéger le visage et éviter d’être contaminés.” Le stress ambiant provoque une peur qui est renforcée lors des sorties quand nous croisons des personnes portant des masques. “Une chose est sûre, ajoute la spécialiste, nous ne pouvons pas arrêter net ce comportement, car il est incontrôlable.”

Si certains experts conseillent de prendre conscience de la fréquence à laquelle nous portons nos mains à notre visage, Benjamin Lubszynski estime que cette étape n’apporte qu’un gain minime. “Se rendre compte de cette habitude ne va pas beaucoup nous aider à l’arrêter”, explique-t-il.

Autant passer tout de suite à l’action. “Fixez-vous un temps délimité, pendant les courses par exemple, et portez votre attention sur vos mains. Observez-les bouger, et gardez ce contact visuel en permanence”, conseille le thérapeute.

Autre technique pratique : la méthode de relaxation de Jacobson. “Cette méthode repose sur le principe de la contraction des muscles pour les fatiguer et les détendre”, indique-t-il. “Si vous sentez une tension au niveau du visage, contractez la zone, puis relâchez pour créer une détente.”

Patricia Mozdzan préfère passer par des objets, comme les mouchoirs jetables ou un accessoire désinfecté, qui permettrait de gratter les zones sensibles.

Limiter les déclencheurs et protéger sa peau

S’attaquer à la cause des tiraillements permet aussi de les diminuer. Les deux thérapeutes recommandent de se laver et d’hydrater le visage. Insistez sur les lèvres et luttez contre la sécheresse des muqueuses grâce notamment à une gourde d’eau, un baume à lèvres et éventuellement des crèmes spécifiques sur les zones les plus sèches.

En dernier recours, Benjamin Lubszynski conseille la technique du “casque de l’astronaute”. Mettez un masque ou une écharpe sur votre bouche et notre nez, portez des lunettes, un chapeau et des gants jetables. “La sensation du tissus sur la peau va se substituer à l’envie de se toucher. Avec tout ce matériel, on se sent protégé, et on évite l’automatisme.”

Même son de cloche pour Patricia Mozdzan, qui suggère de couvrir les parties découvertes du visage “comme si nous étions prêts à affronter une tempête de sable en plein désert.”

Des astuces pratiques

Plusieurs suggestions circulent sur internet, afin que chacun puisse opter pour celle qui lui convient le mieux :

  • Au lieu de toucher les muqueuses du visage, touchez l’arrière de votre tête, serrez les poings, collez les bras au corps ou asseyez-vous sur vos mains ;
  • Mettez du maquillage pour éviter de vous frotter les yeux et la bouche ;
  • Si vos yeux sont secs, notamment à cause du pollen, utilisez des gouttes de sérum physiologique et demandez conseil à votre pharmacien concernant un éventuel antihistaminique ;
  • Occupez vos mains avec un objet comme une balle antistress ou un handspinner, mais pensez à le désinfecter régulièrement ;
  • Portez des gants en laine pour que le toucher soit désagréable, et lavez-les chaque jour ;
  • Utilisez une application comme donottouchyourface.com, qui analyse les gestes des internautes et leur envoie une notification pour limiter le risque de toucher son visage.

Moins on se touche les muqueuses, moins le virus a la possibilité de rentrer dans notre organisme. Mais changer nos automatismes en quelques jours n’est pas facile. La meilleure solution, dans tous les cas de figure, reste le respect des gestes barrière, et un lavage régulier des mains.

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