Les Français sont soumis à des mesures strictes de confinement depuis mardi 17 mars 2020. Chacun est prié de rester chez soi afin de limiter la propagation du virus. Pour pallier l’ennui, la solitude, ou l’angoisse, certains misent sur la lecture, le sport d’intérieur, la cuisine ou la méditation. D’autres s’improvisent musiciens, se teignent les cheveux ou optent pour des apéros virtuels, ludiques somme toute, mais qui risquent d’installer une accoutumance sur le long terme. 

En effet, si les restrictions de déplacement limitent les opportunités en terme d’approvisionnement, elles exacerbent certaines habitudes et risquent même d’entraîner de nouvelles dépendances. Comment limiter ces risques et traverser au mieux cette période si l’on est déjà aux prises avec des troubles addictifs ? Le Dr Bernard Basset, médecin de santé publique et président de l’Association nationale de prévention en alcoologie et en addictologie (ANPAA) nous éclaire.

Le confinement est susceptible de générer des comportements addictifs

L’anxiété, le désœuvrement et la raréfaction des liens sociaux touchent de nombreuses personnes en cette période et sont susceptibles de générer des comportements à risque”, indique l’expert. Pour rappel, on parle de comportement addictif, “lorsque l’on perd la maîtrise de son activité ou de sa consommation”. Par exemple lorsque le bien-être d’une personne dépend d’une substance (alcool, tabac, drogue, médicament, etc) ou encore d’une activité (jeux en ligne, achat compulsif, consommation de pornographie, etc).

A lire aussi :

Coronavirus, tabac, cigarette électronique : des risques accrus

À priori, ce n’est pas parce que vous vous autorisez quelques cigarettes ou un verre de vin supplémentaires pendant le confinement que vous deviendrez addict. L’addiction ne doit pas être prise à la légère : “Il s’agit d’un phénomène très complexe qui tient à la fois à l’activité – ou à la substance consommée-, à la personne et à l’environnement dans lequel elle évolue. » Elle repose sur l’effet de répétition, et dépend de facteurs psychologiques, génétiques et sociaux.

“Il est impossible de quantifier l’augmentation des comportements addictifs pour le moment. On ne mesurera les conséquences du confinement que quand celui-ci sera levé”, indique le Dr Basset.

Les personnes addictes sont plus vulnérables

Le confinement présente des risques accrus de rechute pour les personnes dépendantes. Isolés, les plus fragiles socialement et psychologiquement auront du mal à maintenir le cap et seront tentés de replonger dans leurs travers pour échapper à leurs angoisses ou à l’ennui. “C’est pourquoi l’entourage a un rôle majeur à jouer”, rappelle le professionnel.

A lire aussi :

Sept stratégies pour gérer l’anxiété liée au coronavirus

D’autant plus que le confinement complique la prise en charge des patients. “Pour limiter les ruptures, nous proposons aux patients de poursuivre un suivi par téléconsultation afin de leur procurer des ordonnances si besoin, ainsi qu’un soutien émotionnel”, indique le Dr Basset. Certaines consultations sont maintenues en présentiel dans les cas les plus sévères, mais également dans le cadre de renouvellements de traitement de substitution aux opiacés (TSO) ou d’injonctions de soins judiciaire. 

“En revanche, les patients dépendants et désinsérés – les sans domicile fixe notamment- sont souvent livrés à eux-mêmes, en perte de repères et confrontés en premier lieu à des problèmes de survie”, regrette le médecin. Ainsi, les maraudes organisées par l’ANPAA visent désormais à informer sur la conduite face au virus et à contrôler les éventuels symptômes du Covid-19

Pour rappel : “il n’existe pas de profil type, tout le monde peut être concerné par l’addiction, et ce dans tous les milieux sociaux”. 

Quels conseils pour gérer sa consommation en période de confinement ?

Que l’on soit dépendant ou non, il n’est pas question de se culpabiliser. “Il s’agit d’une situation exceptionnelle. Il faut donc rester bienveillant avec soi-même”,  insiste l’expert. L’important est de garder en tête les repères de consommation et de ne pas trop s’en éloigner. “Il ne faut pas normaliser la consommation de substances, légales ou non.”

Se débarrasser des tentations

Afin de limiter les risques de rechutes ou de surconsommation, il est indispensable de créer “un environnement non propice à la consommation”. Veillez par exemple à ne pas laisser vos bouteilles ou paquets de cigarette à portée de main. Si vous souhaitez réguler votre consommation, imposez-vous des créneaux fixes et demandez à l’un de vos compagnons de confinement de conserver lesdites substances le reste du temps. 

A lire aussi :

Comment éviter l’addiction aux écrans pendant le confinement ?

Maintenir les liens sociaux

Pour minimiser les risques, le Dr Basset insiste sur l’importance d’entretenir les liens sociaux. “Les relations familiales, amicales, professionnelles… même virtuelles permettent de tenir dans la durée en cette période difficile.” Si vous craignez de perdre le contrôle, ne restez pas seul, parlez-en à votre entourage ou à des professionnels. Les groupes de soutien sur les réseaux sociaux peuvent également apporter un peu de réconfort. 

Limiter les temps morts

Tout aussi important : que vous soyez ou non en télétravail, organisez vos temps libres. “En période de confinement, le temps est déstructuré. Il est donc nécessaire de se fixer des rendez-vous sportifs, des temps d’échange, de détente pour garder ses repères et maintenir son esprit occupé.” La pratique d’une activité sportive est non seulement indispensable pour votre corps, mais aussi pour votre esprit. 

A lire aussi :

Comment faire du sport quand on est confiné chez soi ?

Respecter les consignes d’hygiène

“Surtout, si vous consommez du tabac, de l’alcool, ou tout autre substance, il ne faut pas partager ou échanger sa cigarette, son verre ou son joint, sa chicha ou ses seringues“. Et ce, même en l’absence de symptômes, car certaines personnes peuvent être des porteurs sains et contaminer les autres sans pour autant être malade. “Le virus peut se transmettre par la salive, il faut donc limiter les risques pour sa propre santé et celle des autres”, insiste le Dr Basset. De même, pensez à nettoyer régulièrement vos écrans et claviers à l’aide de lingettes désinfectantes.

“N’hésitez pas à vous tourner vers des professionnels de l’addictologie”, recommande le Dr Bernard Basset.  Des numéros dédiés assurent des permanences pour accompagner et rassurer ceux qui en ressentent le besoin :

  • Tabac info service : 39 89 (de 8h à 20h, du lundi au samedi) ;
  • Alcool info service : 0 980 980 930 (de 8h à 2h, 7 jours sur 7) ;
  • Drogues info service : 0 800 23 13 13 (de 8h à 21h, 7 jours sur 7).

Pour plus d’informations : rendez-vous sur le site dédié du gouvernement.

À lire aussi


Partagez :