Notre plus fidèle appareil de compagne, le smartphone, pourrait-il aider les autorités sanitaires à mieux contrôler l’épidémie de Covid-19 ? C’est une option envisagée et mise en place dans différents pays. Mais qu’en est-il de la protection des données ?

Concrètement, l’utilisation des outils de géolocalisation peut aider à vérifier que les règles de confinement sont bien respectées. En Chine, un code QR permet de contrôler les déplacements, des bracelets connectés ont été distribués aux personnes en quarantaine, et des appels vidéo quotidiens permet de géolocaliser chaque citoyen en temps réel. La Corée du Sud, Israël et Taïwan ont également mis en place une exploitation systématique des signaux téléphoniques. En Europe, différents pays essayent de cartographier les mouvements de la population.

La surveillance n’est pas la seule utilisation évoquée par les spécialistes. Les données téléphoniques pourraient aider à établir des statistiques et fournir ainsi des chiffres en temps réel pour anticiper la réponse des systèmes de soin locaux.

Le débat en France

Le commissaire européen au Marché intérieur Thierry Breton a invité les principaux opérateurs téléphoniques, comme Orange, Telecom Italia, Deutsche Telekom, ou encore Vodafone, à fournir un maximum de données anonymes concernant la géolocalisation des utilisateurs. Une opération légale, qui permettrait d’améliorer la vision globale de la propagation du virus.

Dans l’Hexagone, une collaboration est envisagée entre l’opérateur Orange et l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). L’objectif déclaré : collecter des données anonymes et les utiliser pour gérer l’épidémie. Dans une interview au Figaro, le PDG d’Orange Stéphane Richard parle de “modéliser la propagation de l’épidémie“, ou encore de “mesurer l’efficacité des mesures de confinement”. Une fois les données analysées, l’Inserm devrait être en mesure d’ajuster les besoins en personnel soignant dans les zones les plus sensibles.

Respecter le consentement

Au sein de l’Elysée, le Comité Analyse Recherche et Expertise (CARE) travaille depuis le 24 mars pour conseiller l’exécutif sur différents points, dont la politique numérique à adopter. L’idée d’une stratégie d’identification des personnes infectées, et celles ayant été en contact avec des malades, aurait été évoquée. Stockage des données, respect de la vie privée, identification des personnes à risque…cette surveillance numérique pose beaucoup de questions.

La Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) a prévenu qu’une intervention législative serait indispensable si ces démarches ne respectent pas le consentement des personnes concernées. “Il faudrait alors s’assurer que ces mesures législatives dérogatoires soient dûment justifiées et proportionnées (par exemple en termes de durée et de portée)”, indique l’institution, citée par Europe 1.

L’association de défense des droits et libertés sur internet, la Quadrature du Net, demande quand à elle un vrai engagement de la part du gouvernement. “Face au risque d’abus engendré par les pouvoirs démesurés que confère d’ores-et-déjà la loi renseignement à l’État, il doit s’engager à faire immédiatement la transparence sur toutes les mesures de surveillance de la population mises en œuvre pour lutter contre la propagation du COVID-19.”

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