Les symptômes décrits depuis le début de l’épidémie de coronavirus ressemblent à ceux d’une grippe classique : fatigue, fièvre et toux sèche. Mais ils peuvent évoluer en fonction des patients. Certains n’auront qu’une fièvre peu élevée, d’autres ne toussent pas, d’autres encore vont avoir mal à la gorge ou à la tête. Et voilà que les spécialistes mettent en garde contre des symptômes encore différents, bien que plus rares : l’anosmie (perte d’odorat), l’agueusie (perte de goût), et les troubles digestifs.

Comme l’a déclaré le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, dans son compte rendu du 20 mars dernier, le symptôme de la perte d’odorat et de goût a été mis en évidence par deux études récentes. La première a été publiée par la revue chinoise Journal of Clinical Virology, et la seconde est disponible dans la revue Chemical Neuroscience.

Par ailleurs, une étude réalisée en Chine et publiée par l’American Journal of Gastroenterology indique une prévalence de troubles digestifs chez les patients contaminés. Le CHU de Montpellier a également pointé du doigt la présence de ces troubles en tant que signes avant-coureurs de la maladie chez les personnes âgées résidant en Ehpad.

Au niveau de l’anosmie, il s’agit donc d’une perte d’odorat sans nez bouché, parfois brutale, accompagnée ou pas d’autres symptômes. Elle concernerait surtout les patients âgés entre 23 et 45 ans.

Même constat pour la perte de goût, qui est souvent liée à la perte d’odorat, comme l’explique le docteur Nils Morel, président du Syndicat national des médecins spécialisés en ORL et chirurgie cervico-faciale (SNORL) :

« Les neurones responsable de l’odorat sont situés en haut des fosses nasales, entre les deux yeux. Pour avoir une perception de l’odeur, il faut que les molécules odorantes atteignent cet organe. Lorsqu’on mange, on ressent les goûts des aliments au niveau de la langue, mais les parfums et les saveurs sont également contrôlés par l’odorat. »

Dans l’étude portant sur les symptômes digestifs, 107 hommes et 97 femmes âgés en moyenne de 54,9 ans et diagnostiqués positifs au virus ont été suivis. Près de la moitié a présenté une diarrhée, des vomissements ou des douleurs abdominales avant de se rendre à l’hôpital. Ces symptômes se sont aggravés au fur et à mesure que la maladie augmentait.

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Il existe deux façons de perdre l’odorat, indique le docteur. Soit à cause des muqueuses nasales bouchées, qui empêchent les molécules d’atteindre le haut du nez, soit par une défaillance même de l’organe en question.

« Dans le cadre de l’infection Covid-19, l’anosmie n’est pas associée à un nez bouché. On peut donc partir du principe que le système nerveux central est touché. »

Toutes les personnes positives au Covid-19 ne souffrent pas forcément de troubles digestifs, d’anosmie ou d’agueusie, mais toutes les personnes ayant remarqué une perte d’odorat sans autres symptômes particuliers se sont révélées positives au virus. C’est pourquoi, la société française des ORL et ses experts conseillent à ces personnes de rester confinées chez elles et de surveiller l’apparition d’autres symptômes.

« Contactez votre médecin traitant s’il est encore disponible, et demandez une téléconsultation. Puis isolez-vous, et surveillez votre température deux fois par jour. Si vous partagez votre logement avec d’autres personnes, restez dans une seule pièce et essayez de ne croiser personne pendant deux semaines », conseille Nils Morel. « La perte d’odorat est généralement réversible au bout d’une dizaine de jours. »

Si la fièvre augmente, ou si des difficultés respiratoires apparaissent, contactez votre médecin ou appelez directement le 15. En cas de doute, une plateforme a été mise en place sur internet pour bénéficier d’un diagnostic rapide et de conseils adaptés à la situation.

La société française des ORL demande aux médecins de ne pas prescrire de corticoïdes en cas d’anosmie ou d’agueusie, et déconseille également les lavages de nez, au risque d’aider le virus à circuler vers les poumons.

Pour les troubles digestifs, les scientifiques restent prudents. Ils appellent les cliniciens à prendre en charge ces symptômes avant l’apparition de signes respiratoires, mais précisent manquer de données pour confirmer leurs résultats.

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