Beaucoup d’infections respiratoires ont un rythme saisonnier. Les virus de la grippe, le virus respiratoire syncytial, sévissent en hiver dans les hémisphères nord et sud. C’est également le cas des infections à coronavirus “communes” qui sont à l’origine de 5 à 10% des troubles respiratoires en hiver (et d’un rhume sur trois), en général bénins.

Ce phénomène a été analysé dès 1978 par l’Anglais Robert Edgar Hope Simpson, qui fut l’un des plus grands généralistes et épidémiologistes du dix-neuvième siècle ; il a notamment élucidé le lien entre varicelle et zona. Pour expliquer que la grippe fait plus de ravages en hiver, Edgar Hope-Simpson a avancé l’hypothèse que le virus circule autant en hiver qu’en été, mais qu’un « stimulus saisonnier » vraisemblablement lié à l’ensoleillement, déclenche les épidémies qui sévissent en hiver.

Cette oscillation saisonnière de la grippe et d’autres virus, d’un hémisphère à l’autre, obéit probablement à plusieurs phénomènes.

Plusieurs chercheurs ont mis en évidence le rôle important que joue l’exposition aux ultraviolets dans les infections respiratoires. En été dans l’hémisphère nord ou sud, la quantité d’ultraviolets reçue à la surface de la Terre est à son maximum.

Cela a plusieurs conséquences. Par exemple, le rayonnement UV est capable de détruire des virus qui subsisteraient sur la peau ; par ailleurs, la synthèse de vitamine D est maximale en été, et on sait qu’elle active plusieurs paramètres de l’immunité innée comme les peptides antimicrobiens, ou de l’immunité adaptative. En hiver, en revanche, l’intensité du rayonnement UV est faible et il est très difficile de synthétiser de la vitamine D. 

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Ce n’est pas tout. En hiver, l’air est plus froid à l’extérieur, et il et plus sec à l’extérieur comme à l’intérieur. Or l’humidité absolue, c’est-à-dire la quantité de vapeur d’eau dans l’air, affecte fortement la transmission de la grippe : plus l’air est sec, comme en hiver, plus les virus de la grippe se transmettent facilement. On ne sait pas si ce phénomène s’applique aux coronavirus, mais il est probable que ce soit le cas.

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Circonstance aggravante : en hiver, on passe plus de temps à l’intérieur, dans des locaux peu ventilés avec plus de promiscuité. Les écoles, en particulier, sont un lieu où de nombreuses maladies infectieuses (varicelle, rougeole, grippe) se transmettent. Il n’est pas sûr que ce soit le cas pour le nouveau coronavirus SRAS-CoV-2, dans la mesure où les enfants ne présentent pas ou peu de symptômes. Cela peut vouloir dire qu’ils ne sont pas facilement infectés et ne sont pas une source importante de transmission de ce virus, ou qu’ils ne présentent pas de symptômes graves lorsqu’ils sont infectés, mais peuvent être un vecteur de transmission. Lorsqu’on en saura plus, on saura s’il est utile, après le confinement de mars 2020, de fermer ponctuellement des classes, comme ce fut le cas en 2009 avec la grippe H1N1.

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Il est donc très délicat de prévoir la course du virus aux beaux jours. Certes, les pays les plus infectés depuis décembre 2019 se situent au-dessus du 30ème parallèle nord. Certes les coronavirus communs, auquel le SRAS-CoV-2 est apparenté, sont saisonniers. Mais les virus saisonniers qui sont présents dans la population depuis longtemps se comportent différemment des virus qui sont nouvellement introduits. Il est possible que le SRAS-CoV-2 finisse par devenir saisonnier, mais que la première phase d’infection ne le soit pas particulièrement. Il faudra surveiller la situation au cours des prochains mois dans l’hémisphère sud.

Si l’on peut espérer une régression des infections aux beaux jours, il faut se souvenir que la pandémie de grippe H1N1 de 2009 a beaucoup diminué pendant l’été dans l’hémisphère nord, avant de revenir avec virulence en septembre. 

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