En raison de l’épidémie de coronavirus, nous allons vivre des moments confinés dans nos domiciles. Il y a fort à parier que pour beaucoup, les écrans constitueront la principale source de divertissement.

santé psychologiqueet physique. Que faire face à ce dilemme ? Il y a une bonne nouvelle : de récentes recherches montrent que, bien utilisés, ils peuvent, au contraire, nous remonter le moral et améliorer notre bien-être. De fait, leurs effets se révèlent nettement plus complexes qu’on ne le pensait. Comme nous l’expliquons en détail dans un livre s’appuyant sur de récentes recherches scientifiques, tout dépend en effet de ce qui est regardé sur les écrans, du temps passé et de la manière dont on interagit avec eux.

D’une façon générale, à la base de notre bonheur se trouvent deux types de bien-être. Le premier, le bien-être hédonique, est globalement fondé sur la présence d’émotions positives et l’absence d’émotions négatives. Le deuxième, le bien-être eudémonique est atteint à plus long terme, quand on donne davantage de sens à sa vie ou que l’on cherche un plus grand développement personnel. Si nous accordons tous plus ou moins d’importance à une des deux composantes du bonheur, il faut savoir que les deux peuvent in fine être améliorées par les réseaux sociaux, séries télé, jeux vidéo…

Diminuer les effets négatifs des écrans

Le bien-être hédonique est donc atteint lorsque l’on ressent un maximum d’émotions positives. Or la bonne nouvelle, c’est qu’on peut l’augmenter avec les écrans ! À condition toutefois de bien connaître et de diminuer leurs nombreux effets délétères, effets dont nous n’avons pas toujours conscience.

Rappelons-les rapidement, sans oublier qu’ils sont le fruit d’un excès de temps d’écran et d’une certaine façon de les utiliser : « addiction » à Internet, aux jeux vidéo et au smartphone, développement de troubles anxieux et dépressifs en lien avec les usages fréquents des réseaux sociaux, stress digital, nomophobie (anxiété liée au risque d’être sans smartphone, sans réseau ou sans batterie), FOMO (peur de manquer quelque chose d’important sur les réseaux sociaux), développement de l’isolement social, hypernarcissisme et jalousie numériques, risque de cyberharcèlement, augmentation du surpoids et de l’obésité pour cause de sédentarité et de publicité pour la « malbouffe », troubles du sommeil, etc.

En connaissant mieux ces effets et les pratiques qui les génèrent, on peut donc en tirer des enseignements très concrets, non pas pour se séparer des écrans, mais pour les utiliser à meilleur escient.


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Augmenter la quantité d’émotions positives

Plusieurs expérimentations ont montré que le divertissement par les écrans – qu’il s’agisse de vidéos drôles (comme les fameuses vidéos de chats), de séries télévisées ou de jeux vidéo sans violence, ni compétition acharnée – contribue au bien-être hédonique en apportant des émotions positives , en relaxant et en permettant de se changer les idées quand elles sont négatives.

Ajoutons qu’après une journée de travail harassante, regarder un documentaire animalier ou se perdre dans les jolis paysages d’un reportage permet de se détendre et de récupérer des ressources psychologiques épuisées par le stress et la fatigue. Et puis, lorsque cette fatigue s’annonce lors d’une séance de travail difficile, faire une pause courte et divertissante avec son smartphone pour jouer à un jeu, consulter les médias sociaux ou regarder une vidéo amusante permet bien de « recharger ses batteries » et d’être plus efficace ensuite.

Ce ne sont donc pas les arguments qui manquent en faveur de ces divertissements. Reste que s’ils nous apportent à court terme du plaisir, les moments passés devant l’écran nous font courir le risque, si on les multiplie, de prendre trop de place dans notre vie, avec dès lors moult effets négatifs…

Réfléchir au sens de sa vie

À terme, multiplier les plaisirs fugaces ne rend pas forcément heureux. Ce qui importe, sur le temps long, c’est en effet de donner un sens à sa vie, en respectant ses valeurs et en ayant le sentiment qu’on améliore toujours plus ses qualités et vertus. Or les écrans peuvent aussi contribuer à améliorer ce bien-être eudémonique.

Certains films ou séries évoquent ainsi des questions liées aux vertus humaines (le courage, la persévérance), à la moralité (comme apporter de l’aide aux autres ?) ou encore à des objectifs existentiels.. Ils peuvent dès lors fournir aux spectateurs impliqués une expérience de vie quasi identique à celle qu’ils éprouveraient par eux-mêmes une certaine « sagesse » ou une plus grande maturité dans divers domaines : par exemple, la personne qui s’identifie au héros d’une série voit comment il se sort de difficultés, ce qui l’aide à résoudre les problèmes qu’elle rencontre dans sa vie.

Permettant de vivre une expérience eudémonique qui génère des émotions complexes, de tels divertissements poussent également à réfléchir sur leur sens profond, leur message, stimulant donc la réflexion au-delà du film . Bien choisis, ils peuvent ainsi induire un véritable développement personnel, en consolidant les valeurs et les forces de caractère de celui qui les regarde.

Dans des séries à succès comme La casa de Papel ou The Walking Dead, il arrive ainsi que les actions des héros soient moralement discutables. Le spectateur est alors amené à questionner les valeurs des personnages principaux, et finalement, à mieux réfléchir à ses propres valeurs et au sens de la vie. Un tel questionnement serait à long terme bénéfique pour le bien-être. Regarder de tels divertissements permettrait aussi une meilleure acceptation de soi, de ses qualités et de ses défauts, de la vie telle qu’elle se présente pour mieux, ensuite, lui donner une signification.

À condition de savoir limiter leur durée d’utilisation, par exemple pour faire des activités physiques, les écrans peuvent donc aussi avoir des effets positifs et la capacité à améliorer notre bien-être : à nous d’en faire bon usage !


Pour en savoir plus :

– Marie-Pierre Fourquet-Courbet et Didier Courbet, « Connectés et heureux, du stress digital au bien-être numérique » (2020), Dunod.

Didier Courbet, Professeur des Universités et Chercheur en Sciences de la Communication, Aix-Marseille Université (AMU) et Marie-Pierre Fourquet-Courbet, Professeure des Universités en Sciences de la Communication, Aix-Marseille Université (AMU)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

The Conversation

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