L’usage des gels hydroalcooliques étant, avec le lavage des mains à l’eau savonneuse, au coeur de la stratégie de lutte contre le coronavirus, il y avait fort à parier que ces produits allaient être pris d’assaut. En conséquence, certains vendeurs n’ont pas hésité à gonfler les prix, obligeant le gouvernement à intervenir.

Le ministre de l’Economie Bruno Le Maire a ainsi indiqué dès mardi 3 mars que la Direction générale de la répression des fraudes (DGCCRF) allait enquêter sur les fortes augmentations des prix de vente des ces produits. 

Contacté par nos soins, le ministère de l’Economie confirme les propos tenus ce jeudi 5 mars au matin par la secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie Agnès Pannier-Runacher sur France Info, à savoir que le gouvernement a proposé un “prix plafond” pour chaque type de format en vente. L’Etat propose de plafonner à 2 euros les 50 mL, 3 euros les 100 mL et 5 euros les 300 ml, proposition qu’il a soumis au Conseil d’Etat et au Conseil national de la consommation. Si celle-ci est validée par les professionnels du secteur, qui doivent pouvoir y trouver leur compte en termes de marges, le décret sera publié au Journal Officiel ce jeudi 5 mars au soir, pour entrer en application dès le vendredi 6 mars. Dès lors, fabricants, grossistes et distributeurs, pharmacies, grandes surfaces et sites internet devront se conformer à cet encadrement tarifaire, au risque de s’exposer à 7 500 euros d’amende par produit vendu en cas de fraude.

C’est une chose d’encadrer les prix des gels hydroalcooliques. Encore faut-il bien les choisir. Car beaucoup de produits différents coexistent sur le marché.

Pour être sûr d’être bien protégé, avec une solution antimicrobienne efficace, il est conseillé de se fier à plusieurs critères, selon les recommandations de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), détaillées en 2009, dans le cadre de l’épidémie de la grippe A(H1N1)v.

  • rechercher la norme NF

L’Afssaps recommande de privilégier avant tout les produits hydroalcooliques portant la norme NF EN 14476, car “la référence à cette norme indique que le produit a fait l’objet de tests démontrant son activité sur des virus nus (donc sur des virus plus résistants que les virus enveloppés)”. Cette norme est généralement bien visible sur l’emballage.

  • opter pour un produit contenant 60 à 70% d’alcool

Outre la norme NF, l’idéal est de choisir une solution ou un gel hydroalcoolique à base  d’alcool éthylique (ou éthanol) ou d’alcool propylique (propane-1-ol ou n-propanol) ou d’alcool isopropylique (propane-2-ol ou isopropanol) dont la concentration optimale est comprise entre 60% et 70%, ou à une concentration comprise entre 520 et 630 mg/g. Cette concentration en alcool doit figurer visiblement sur l’étiquetage, assure l’Afssaps.

Notons par ailleurs que certains gels hydroalcooliques, notamment ceux vendus sur internet, contiennent encore du triclosan, un agent antibactérien perturbateur endocrinien avéré, qui peut toutefois encore se rencontrer à une concentration de 0,3% dans le produit fini. 

  • Une friction soigneuse de 30 secondes

Dans tous les cas, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) rappelle que ces produits sont à utiliser sur des mains visiblement non souillées, et qu’il est crucial de respecter un temps de friction d’au moins trente secondes jusqu’à l’obtention de mains sèches.

Des recommandations qui vont de pair avec celles de l’OMS, qui précise qu’aucune partie des mains ne doit être oubliée. On veillera ainsi à bien se frictionner le dos des mains, la paume, les pouces, les espaces interdigitaux et le dos des doigts, comme le montre la vidéo ci-dessous.

Gel hydroalcoolique anti Covid-19 : peut-on vraiment en fabriquer soi-même ?

C’est l’Organisation mondiale de la santé (OMS) elle-même qui a dévoilé en ligne les ingrédients et la marche à suivre afin de fabriquer sa propre solution hydroalcoolique. 

Dans son “guide de production locale des solutions hydroalcooliques”, l’OMS indique qu’il faut ainsi trois ingrédients principaux, à savoir de l’éthanol (autrement dit de l’alcool), du peroxyde d’hydrogène et du glycérol, et éventuellement de l’eau distillée (ou de l’eau bouillante refroidie) pour l’élaboration de petites quantités. Tous ces ingrédients sont relativement faciles à trouver dans le commerce.

Cela étant, la préparation d’une telle solution requiert quelques précautions et savoir-faire, notamment en termes d’hygiène et de stérilité, et du matériel assez spécifique (béchers gradués, alcoomètre…). Il est notamment conseillé de placer les flacons remplis de la solution obtenue en quarantaine pendant 72 heures, délai permettant la destruction des spores bactériennes potentiellement présentes dans l’alcool ou dans les flacons (neufs ou réutilisés).

L’OMS destine d’ailleurs ce document aux professionnels de la pharmacie et non au grand public.

Quant aux autres recettes de gel hydroalcoolique qui pullulent sur la toile, mieux vaut passer son chemin. Bien que certaines huiles essentielles aient bien des propriétés bactéricides, fongicides et virucides, celles-ci n’ont pas fait preuve de leur efficacité dans la lutte contre les épidémies, et encore moins dans la lutte actuelle contre le coronavirus Covid-19.

Jointe par téléphone, Virginie D’Enfert, déléguée générale de l’AFISE, association des fabricants de produits d’hygiène et d’entretien, déplore l’engouement autour des gels hydroalcooliques fait-maison. Insistant sur le fait que le document de l’OMS est réservé aux professionnels de la pharmacie, celle-ci souligne qu’il ne s’agit pas là de substances anodines. “Le risque, c’est de faire manipuler des substances hautement inflammables, et d’obtenir in fine un produit irritant pour les mains et pas forcément efficace”, estime Virginie D’Enfert. Quant à l’aloe vera, qui est cité comme ingrédient phare sur certaines recettes “home made”, la déléguée générale rappelle qu’il ne s’agit que d’un hydratant. Elle conseille donc vivement aux consommateurs de se rabattre sur les produits du commerce, qui sont soumis à des normes strictes, ou d’opter pour le traditionnel lavage des mains à l’eau et au savon. 

Coronavirus : le gel hydroalcoolique ne doit pas se substituer au lavage des mains classique

Rappelons que le lavage des mains “classique”, à l’eau et au savon, est préconisé dès lors qu’un point d’eau potable est disponible. Car un lavage soigneux des mains à l’eau savonneuse permet d’éliminer l’immense majorité des microorganismes, en accentuant les propriétés glissantes de notre propre peau, là où le gel hydroalcoolique tue les pathogènes mais les laisse sur la peau. Ajoutons que l’usage de solutions hydroalcooliques à outrance pourrait favoriser l’émergence et la prolifération de souches bactériennes résistantes, ce qui n’est pas le cas de l’eau savonneuse. 

En absence de point d’eau disponible, l’utilisation d’une solution hydroalcoolique est toutefois recommandée, notamment dans les environnements collectifs (transports en commun, lieux publics,…).

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