Plusieurs sites et applications ont été lancés ces dernières années avec l’objectif de noter les aliments pour aider le consommateur à faire de meilleurs choix nutritionnels. De notre côté, nous avons depuis 2010 l’expérience de l’analyse et l’évaluation des produits vendus en supermarché, à partir des données scientifiques récentes concernant les aliments transformés. LaNutrition est historiquement le premier média à avoir vulgarisé la notion d’ultra-transformation des aliments et expliqué ses conséquences sur la santé. Il était donc intéressant de comparer nos résultats à ceux donnés par ces sites et applications, d’autant que certaines de ces applications se revendiquent de notre travail.

LaNutrition.fr collabore-t-elle à de tels sites ou applications?

Non. LaNutrition.fr ne collabore avec aucun site ou application de notation de produits à l’exception de Siga. Certains sites ou applications comme Yuka ont fait référence à LaNutrition.fr, notamment parce qu’ils ont utilisé au sein de leurs algorithmes des données figurant au sein de nos ouvrages en particulier notre “Nouveau guide des additifs“. L’utilisation du contenu de nos ouvrages, ou les références à LaNutrition.fr, ont été faites ou sont faites à notre insu, sans que LaNutrition n’ait accordé d’autorisation. Lorsque nous avons eu connaissance de ces pratiques, nous avons officiellement demandé aux sites et applications concernés de cesser tout utilisation de notre nom et de nos travaux.

Sur quoi se basent ces sites et applications ?

La plupart de ces sites et applications notent les aliments sur la base de l’algorithme du Nutri-Score.

Le Nutri-Score est un procédé de notation mis au point par une équipe de chercheurs français également impliqués dans le Programme national nutrition santé. Il est censé aider le consommateur à choisir ses aliments industriels en leur attribuant une note sur une échelle de 5 niveaux de A à E, qui détermine en théorie la qualité nutritionnelle du produit.

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Certains sites et applications se servent uniquement du Nutri-Score pour évaluer les produits. D’autres applications notent, quant à elles, les produits de 1 à 100 grâce à des algorithmes qu’elles ont conçu, en utilisant le Nutri-Score pour prendre en compte la qualité nutritionnelle (calories, protéines, lipides, glucides, sel, fibres) mais en modulant la note attribuée à un produit par d’autres critères tels que la présence d’additifs et l’origine du produit (bio, label rouge…). C’est par exemple le cas de Yuka. Mais même en modulant la note par ces autres critères, les résultats sont proches de ceux obtenus avec le seul Nutri-Score, notamment pour les produits bien notés, et les produits mal notés.

Que vaut le Nutri-Score sur lequel se basent ces sites et applications ?

Nous avons déjà exposé les limites du Nutri-Score qui est imparfait dans la mesure où il est fondé sur des principes de nutrition qui sont pour beaucoup, dépassées ou contestées ; il ne tient pas compte des critères suivants :

  • Le degré de transformation des aliments
  • L’index glycémique de l’aliment (qui permet de faire la différence entre des glucides de bonne qualité et des glucides sans intérêt)
  • La teneur en vitamines et minéraux
  • La qualité et l’équilibre de ses corps gras
  • La qualité des protéines (plutôt que leur quantité)
  • La teneur en acides gras trans (industriels et de ruminants)
  • La présence d’additifs

Par ailleurs, ce score, à vocation globale, ne permet pas de comparer correctement des produits d’un même rayon.

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Comment LaNutrition.fr note-t-elle les produits ?

Engagé dans la démarche de proposer les meilleurs produits au consommateur, le collectif de LaNutrition.fr (journalistes scientifiques et diététiciens-nutritionnistes) enquête dans les supermarchés depuis 2010 et publie deux guides devenus référents, constamment mis à jour : Le Bon Choix au supermarché et Le Bon Choix pour vos enfants.

Contrairement au Nutri-Score, nous considérons avec des dizaines de chercheurs qu’un aliment n’est pas qu’une somme de protéines, lipides, glucides. Et que ce qui différencie en priorité un bon produit d’un mauvais, ce sont les ingrédients utilisés et le processus de fabrication.

Lire : Qu’est-ce qu’un aliment ultra-transformé ?

Nous utilisons donc une grille d’analyse qui prend en compte le degré de transformation des aliments, le nombre d’ingrédients et leur position, la présence d’ingrédients que nous avons baptisés ACE, l’index glycémique, autre notion popularisée par LaNutrition. En effet, plus un aliment est transformé, plus le risque d’obésité et de maladie chronique est élevé.

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Quelles sont les différences entre les notes de LaNutrition et celles des sites et applications basés sur le Nutri-Score ?

Nous avons testé ces sites et applications en comparant leur appréciation à celles du Bon choix au supermarché.

Résultats : dans plus d’un cas sur trois, ces sites et applications notent mal des produits qui sont considérés comme corrects ou sains par LaNutrition dans Le Bon Choix au supermarché comme de l’huile d’olive ou une conserve de foie de morue (parce que c’est gras !) ; de même, ces sites ou applications donnent une bonne note à des produits que nous conseillons d’éviter ou de limiter, comme les corn-flakes dont l’index glycémique est élevé.

Lorsque vous scannez un produit médiocre ou mauvais, certaines applications proposent une meilleure alternative. Sur le principe, c’est une bonne idée. En réalité, lorsqu’un produit est jugé médiocre ou mauvais par ces applications, l’alternative proposée n’est pas forcément meilleure que le produit de base.

Exemple : lorsqu’on scanne la mayonnaise recette fouettée aux blancs d’œufs d’Amora, une application très connue la juge mauvaise (alors qu’elle est considérée comme un choix correct par Le Bon Choix au supermarché). L’alternative proposée par l’application est la mayonnaise Carrefour. Il suffit de jeter un œil aux compositions respectives de ces produits (voir ci-dessous), pour voir le problème.

Autre test : les huiles

On a scanné plusieurs huiles :

  • L’huile d’olive,
  • Isio 4,
  • Huile de colza,
  • Huile d’arachide,
  • Huile de pépins de raisin

Selon le site ou l’application, toutes sont considérées soit comme « bonnes » , soit comme mauvaises.

Or toutes les huiles n’ont pas les mêmes effets. Certaines, comme les huiles de tournesol, de maïs, de pépins de raisin doivent être limitées du fait de leurs teneurs élevées en oméga-6 et leur mauvais ratio oméga-6/oméga-3, deux caractéristiques qui favorisent l’inflammation. D’autres comme l’huile de colza et l’huile d’olive sont à privilégier : l’huile de colza parce qu’elle a un profil d’acides gras équilibré, et l’huile d’olive parce qu’elle est associée dans toutes les études à une bonne santé.

L’indice Siga est tout aussi cruel pour le Nutri-Score

L’indice Siga est un score scientifique qui permet d’évaluer le niveau de transformation des aliments. Il est issu de la classification NOVA. Il oriente vers des aliments peu transformés. Plus de la moitié des aliments bien notés par le Nutri-Score sont en réalité ultra-transformés (et donc mal notés par Siga). Sur les produits affichant aujourd’hui le logo du Nutri-score sur leur packaging, cette proportion est bien plus élevée.

De l’autre côté, nombre d’articles aux recettes peu ou simplement transformées se voit présentés comme défavorables par le Nutri-score car déséquilibrés nutritionnellement. Ce sont pourtant les meilleures recettes de leur rayons respectifs (des fromages, des biscuits, des graisses simples, des tablettes de chocolat, des charcuteries…).

Que faut-il faire alors ?

En priorité, tâcher de composer vos repas à partir d’aliments peu transformés. Mais si vous allez en supermarché, nous vous conseillons de ne pas vous fier aveuglément aux appréciations faites par ces sites et applications, au risque d’acheter des produits problématiques tout en laissant de côté des produits bien formulés.

Il faut surtout apprendre à lire les étiquettes, en appliquant les règles que nous avons préconisées pour choisir un produit, résumées dans l’image ci-dessous. Sachant qu’on a tendance à acheter plus ou moins les mêmes produits, il faut juste prendre le temps de se constituer une liste de produits fiables par rayon.

Pour cela, vous pouvez consulter nos articles sur l’ultra-transformation et la qualité nutritionnelle des produits, les enquêtes de notre “détective alimentaire” Camille Castel et bien sûr vous appuyer sur les résultats rassemblés dans Le Bon Choix au supermarché et Le Bon Choix pour vos enfants, qui sont les seuls à prendre en compte le degré de transformation des aliments. L’indice Siga, qui prend en compte le degré de transformation des aliments, donne des résultats proches des nôtres et nous conseillons de l’adopter.


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