Déterminée par des facteurs héréditaires et environnementaux, notre personnalité  influence notre santé, nos relations avec les autres, nos amitiés, ce que nous aimons faire mais également notre façon de gérer le stress.  Appelé aussi notre deuxième cerveau, le microbiote intestinal impacte à la fois la physiologie et différents processus métaboliques mais aussi le cerveau, auquel il est relié par un axe appelé “intestin-cerveau” et le nerf vague, et influence le stress, l’anxiété, les symptômes dépressifs ou encore le comportement social.

Microbiote et système nerveux central

Plusieurs mécanismes peuvent intervenir dans l’interaction entre le microbiote intestinal et le cerveau : la communication peut se faire par des voies neuronales, immunitaires ou encore endocriniennes. Les bactéries intestinales peuvent produire des composés neuroactifs (1) et moduler les niveaux des neurotransmetteurs (messagers chimiques du cerveau) (2). Elles peuvent aussi avoir des effets anti-inflammatoires et hormonaux, produire des acides gras à chaîne courte, ou encore stimuler le nerf vague.

Le fait que les maladies mentales soient souvent associées à des troubles gastro-intestinaux conforte l’idée qu’intestin et cerveau sont liés et que leur interaction joue un rôle dans la biologie et la psychologie. Si l’on sait qu’il existe une association entre certaines troubles mentaux (autisme, dépression, anxiété…) et la composition du microbiote, on ignore comment chaque souche de bactéries agit spécifiquement sur le cerveau.

À ce jour, les études menées sur cet axe microbiote-intestin-cerveau l’ont principalement été sur des modèles animaux ou sur des personnes présentant des troubles psychiatriques (et qui présentent généralement une dysbiose, c’est-à-dire un déséquilibre du microbiote intestinal). Mais est-ce que des personnes non malades peuvent avoir des microbiotes qui diffèrent en fonction de leurs traits de personnalité ?

Changer radicalement de microbiote peut modifier le comportement

Des études menées sur des souris ont montré qu’avec une transplantation de microbiote fécal, il était possible de modifier le comportement des souris receveuses (3,4). Par exemple des souris anxieuses et stressées peuvent devenir plus audacieuses et exploratrices grâce au transfert du microbiote intestinal de souris présentant ces traits de caractère.

Dans une autre étude, des chercheurs ont provoqué anxiété et symptômes dépressifs chez des souris après leur avoir transféré le microbiote intestinal d’êtres humains souffrant de ces troubles.

Il est donc possible de transmettre des comportements par l’intermédiaire du microbiote. Cela laisse penser que les bactéries intestinales pourraient contribuer (de manière causale) au comportement d’une personne. D’ailleurs une étude menée chez des personnes souffrant d’un syndrome de l’intestin irritable (ou d’autres troubles gastro-intestinaux) a rapporté une amélioration de l’anxiété et des symptômes dépressifs après une transplantation de microbiote fécal (5). De la même façon, des enfants atteints d’autisme ont vu leurs symptômes gastro-intestinaux mais également comportementaux s’améliorer après une transplantation fécale.

À chaque microbiote ses traits de personnalité

Une nouvelle étude parue dans la revue Human Microbiome Journal a évalué la relation entre microbiote (composition, diversité) et traits de personnalité. Les chercheurs ont recueilli et analysé 655 échantillons de selles chez des adultes (moyenne d’âge 42 ans), provenant de 20 pays différents. Les participants ont répondu à des questionnaires afin de déterminer leurs traits de personnalité, leur comportement social, leur santé, leur alimentation et leur mode de vie. Les chercheurs ont analysé 44 variables.

Les résultats montrent que la composition du microbiote intestinal ainsi que sa diversité sont liées à des différences de personnalité. Parmi les 23 espèces bactériennes analysées, l’abondance de 7 d’entre elles est significativement associée aux traits de personnalité. Par exemple, la sociabilité est associée à une quantité plus importante de bactéries Akkermansia, Lactococcus et Oscillospira et à moins de Desulfovibrio et Sutterella alors que stress et anxiété sont liés à une plus faible abondance de Corynebacterium et Streptococcus.

De plus, les personnes ayant beaucoup d’interactions sociales ont tendance à avoir un microbiote intestinal plus diversifié suggérant, selon les chercheurs, que les interactions sociales peuvent façonner la communauté bactérienne de l’intestin humain et plus particulièrement favoriser sa diversité. En revanche, l’anxiété et le stress sont associés à une diversité réduite et à une composition globale du microbiote différente de celle des personnes qui ne présentent pas ces traits de caractère.  

Cette étude semble indiquer que le microbiote intestinal peut aider à comprendre les variations de personnalité entre les individus. L’auteur de l’étude souligne que les interactions entre microbiote et traits de personnalité peuvent être interpréter dans deux sens : si les bactéries intestinales ont un effet sur le comportement, le comportement peut également impacter le microbiote. Par exemple, la composition du microbiote intestinal peut impacter la réponse au stress mais le stress peut également perturber l’équilibre des bactéries intestinales.  

Un élément clé des futures recherches est de déterminer la contribution de bactéries intestinales spécifiques au comportement social mais aussi l’influence du comportement social sur le microbiote intestinal. En effet, certaines bactéries sont facilement transmises entre les hôtes – donc plus facilement pour ceux qui ont beaucoup d’interactions sociales – et n’ont donc pas forcément un effet causal sur le comportement. Cette transmission “sociale” des bactéries intestinales peut bénéficier à la santé de l’hôte en favorisant la diversité.  

Le rôle de l’alimentation

Dans l’étude, les personnes qui mangent le plus d’aliments qui contiennent naturellement des probiotiques (aliments fermentés) et/ou prébiotiques (fibres non digestibles) ont une diversité bactérienne intestinale plus importante et des niveaux significativement plus bas d’anxiété, de stress et de névrose ainsi qu’une tendance à la maladie mentale plus faible. En revanche, la supplémentation en probiotiques n’a pas permis d’obtenir les mêmes résultats.

Des études antérieures avaient d’ailleurs également montré que des femmes qui consomment le plus d’aliments fermentés ont moins de symptômes d’anxiété sociale (6) et de la même façon une alimentation riche en aliments fermentés à base de soja est associée à une réduction des symptômes dépressifs (7).

En conclusion, il est fort possible que certains comportements et/ou troubles mentaux perturbent le microbiote intestinal mais aussi que rétablir un équilibre grâce une bonne alimentation puisse corriger certains symptômes.


Partagez :