Pourquoi c’est important

Depuis quelques années maintenant, l’alimentation cétogène suscite l’engouement. Si ce régime particulier, assez restrictif, peut parfois s’avérer bénéfique sur le plan individuel (migraine, cancer, perte de poids, etc.), on manque encore de preuves scientifiques rigoureuses et standardisées pour pouvoir le conseiller pour d’autres maladies que l’épilepsie réfractaire aux médicaments. Dans le monde du sport, ce régime séduit aussi beaucoup, même si les preuves scientifiques sont rares et indiquent, au mieux, des effets contre-productifs sur la performance. Une nouvelle étude australienne parue dans la revue Frontiers in Endocrinology suggère que cette diète endommagerait le processus de reconstruction du tissu osseux chez des athlètes de très haut niveau en endurance. 

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L’étude 

28 athlètes pratiquant la marche rapide en compétition au meilleur niveau mondial (sélectionnés aux Jeux Olympiques ou au championnats du monde) ont été recrutés pour l’expérience  (avec 23 hommes pour 5 femmes). Pendant 3,5 semaines, un groupe a été assigné à consommer beaucoup de glucides (4,6 kcal/kg) tandis que l’autre suivait un régime cétogène (75 à 80 % de l’apport énergétique sous forme de graisse), suivi d’une phase de recharge glucidique (consommer beaucoup de glucides dans un laps de temps réduit pour recharger les stocks musculaires). Juste avant le début de l’étude et juste après (à la fin des deux régimes et après la recharge glucidique du groupe cétogène), les chercheurs ont mesuré le taux des différents marqueurs sanguins du métabolisme et de la dégradation osseuse dans le sang des participants. Les prélèvement ont été effectués à différents moments de la journée (au repos, à jeun, 2 heures après un repas et après l’exercice).

Résulats : les marqueurs osseux étaient significativement altérés dans le groupe cétogène comparé au groupe contrôle. Cependant, ils revenaient partiellement à leur taux normal juste après la recharge glucidique. Les effets à long terme de cette altération restent inconnus et les auteurs concluentque “compte tenu des risques de blessures et des effets délétères à long terme causés par une mauvaise santé osseuse plus tard dans la vie, chez les athlètes ainsi que chez les individus qui font de l’exercice pour leur santé, des investigations supplémentaires sur le régime cétogène et son rôle dans la perturbation du métabolisme osseux sont justifiées”. Notez que la portée de cette étude reste limitée car elle est la seule pour l’instant sur ce sujet, et par ailleurs, on peut se demander si elle permet vraiment d’évaluer les vrais effets d’un régime cétogène puisque le corps peut mettre plusieurs semaines avant de s’adapter aux cétones et que 3 semaines peut être un délai un peu court pour cela. 

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En pratique 

Si vous n’êtes pas un sportif de haut niveau, cette étude ne vous concerne pas directement. Elle peut néanmoins vous faire réfléchir quant à l’intérêt de commencer ou de poursuivre une alimentation cétogène si vous faites du sport régulièrement et intensément. Rappelons-le, chez les sportifs de haut niveau, la balance bénéfice/risque est plutôt défavorable à ce type d’alimentation.

Une alimentation équilibrée et des entraînements périodiques à glycogène bas (si on supporte bien l’hypoglycémie) sont des solutions a priori plus adéquates si l’on veut habituer son corps à utiliser différents “carburants” et potentiellement améliorer ses performances. Notez qu’il existe des études indiquant que la disponibilité en glucides est également un paramètre important dans le maintien d’un bon métabolisme osseux.

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