Les médecins sont-ils bien représentés par l’Ordre des médecins auxquels ils sont contraints de cotiser ? La Cour des comptes n’en est pas convaincue ; elle a demandé le 9 décembre 2019 à cet organisme professionnel créé en 1940, de se réformer profondément, 8 ans après une série de premières recommandations qui n’ont pas été suivies d’effet. 

Trop de vieux, trop d’hommes

La Cour reproche notamment à l’Ordre d’être un cénacle de vieux mâles, non représentatif des médecins français : il y a seulement 9% de femmes chez les 3311 conseillers ordinaux, pour un âge moyen de 68 ans, alors que près d’un médecin sur deux est de sexe féminin, que les femmes représentent près de 60% des jeunes médecins et que l’âge moyen des médecins est de 51 ans.

Un Ordre très généreux avec ses conseillers… bénévoles

Avec plus de 300 000 médecins s’acquittant d’une cotisation obligatoire de 335 euros, l’Ordre dispose d’un budget annuel de 85 millions d’euros. Mais la Cour relève de «grands désordres comptables et de gestion». A commencer par des frais de personnel élevés ; les fonctions sont bénévoles mais peuvent être indemnisées jusqu’à 121000 euros par an. En 2017, 16 membres du bureau national ont reçu en tout plus d’un million d’euros d’indemnités, soit plus de 60000 euros par personne. Le président de l’Ordre est rémunéré 9177 euros bruts par mois et le secrétaire général 8211 euros.

Au total, indemnités et frais ont représenté 17% du budget annuel en 2017.

L’Ordre employait 583 salariés en 2018 (en progression de 10% en 7 ans), mais la Cour demande de «mettre fin à la pratique de recrutements favorisant les liens familiaux», suggérant que règne une forme de népotisme.

La Cour fait aussi remarquer que «la comptabilité de plusieurs départements n’a pas été tenue pendant plusieurs années» et que l’une d’entre elles a «été détruite avant le passage de la Cour».

Déontologie à deux vitesses

L’Ordre a pour mission première de faire respecter la déontologie, note la Cour, mais il s’en acquitte sans zèle. Ainsi, la Cour cite les exemples de deux médecins ayant multiplié, sans être inquiétés, les liens avec l’industrie. Entre 2016 et 2018, un médecin hospitalo-universitaire a conclu 82 conventions avec l’industrie pharmaceutique, pour un montant de 726 000 euros, tandis qu’un pneumologue est intervenu dans 11 congrès internationaux pour le compte d’un fabricant de dispositifs respiratoires. Enfin, les juridictions ordinales, qui jugent les médecins, se voient reprocher leur manque d’impartialité.

«Poursuivre la modernisation»

Le Conseil national de l’Ordre des médecins a contesté tant le fond que la forme du rapport dont il reproche «l’analyse parcellaire» sur l’efficacité de ses missions. Il se dit «soucieux de poursuivre la modernisation de l’institution d’ores et déjà engagée depuis six ans», et promet d’accélérer la mise en oeuvre de certaines mesures dans le cadre des recommandations de la Cour des Comptes.


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