On peut souffrir d’une maladie invalidante et, malgré les doutes et les obstacles, avoir des projets de vie : faire des études, travailler, trouver un logement… Le Dr Nicolas Rainteau, psychiatre au Centre de rétablissement et de réhabilitation (C2R) du CHU de Montpellier, s’emploie à redonner un avenir aux jeunes atteints de schizophrénie – 25 ans en moyenne – qu’il reçoit dans son service.

Des symptômes stigmatisants

La schizophrénie touche quelque 600 000 personnes en France. Cette maladie psychiatrique se manifeste, entre autres, par des idées délirantes, des hallucinations et une perte d’énergie. Bien que ces symptômes puissent être en partie contrôlés par des traitements, ils freinent l’entrée dans la vie active. « Certains de nos usagers fréquentent la psychiatrie depuis plusieurs années. Ils ont souvent perdu l’espoir d’une vie meilleure », constate le Dr Rainteau.

Un accompagnement au long cours

Dès le premier rendez-vous au C2R, chacun établit son projet de vie : devenir coach sportif, s’occuper d’espaces verts, quitter le domicile des parents… « Nous ne disons jamais non. Et ça change tout ! », assure le Dr Rainteau. C’est la personne elle-même qui, au fil du temps, ajuste ses ambitions en fonction de ses capacités. Elle est aidée, tout au long de ce parcours, par un «case manager», un infirmier spécialisé qui suit une quinzaine d’usagers. « Notre travail consiste à cerner les motivations de chacun et, à partir de ce projet, à mettre en œuvre ses ressources pour l’aider à le réaliser », explique Pascal Mallau, case manager. « Nous n’obtenons pas de résultats en un jour. Il faut maintenir la motivation en ne lâchant pas la personne et en valorisant le chemin parcouru », ajoute-t-il. 

Lorsque c’est utile pour le projet, un travail autour des «habiletés sociales» est proposé. On y apprend à interagir en société. Par exemple, comment échanger avec ses collègues autour de la machine à café. Des séances de thérapies cognitivo-comportementales sont également possibles avec un psychologue. 

« Des gens comme les autres »

« À la base, je n’avais aucun projet, je ne me voyais pas travailler, j’avais du mal à envisager mon avenir », témoigne Alexandre, 31 ans qui, pourtant, a entamé des études d’anglais et de russe et s’est récemment marié. Le jeune homme se souvient de sa « raideur mentale et musculaire » au début de son parcours. « Je voyais un psychologue et j’ai participé à de nombreuses activités, comme la piscine et la randonnée. Cela m’a donné un rythme. Les choses se sont débloquées au fur et à mesure », raconte-t-il. Sur les bancs de la fac, les autres étudiants ne savent rien de la maladie d’Alexandre. Il n’a pas souhaité en parler ouvertement. « Nous sommes des gens comme les autres, même si nous avons des phases un peu bizarres et des angoisses », rappelle-t-il. 

Les résultats sont là

Avec ses méthodes innovantes, l’équipe du C2R obtient de bons résultats. 60 % des usagers qui souhaitent retravailler atteignent leur objectif. Certains oeuvrent dans le BTP, le secteur agricole ou le portage de repas. Un étudiant a intégré une école d’ingénieur du son, l’autre est un futur journaliste. 

Cette insertion dans la vie active est également bénéfique, sur le plan médical. « En deux ans de fonctionnement, seuls 8 % de nos usagers ont été réhospitalisés », se réjouit le Dr Rainteau. 

Dans le domaine psychiatrique, plusieurs centres de réhabilitation psychosociale existent en France. La liste est disponible ici

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