LaNutrition.fr : Qu’est-ce que l’indice Siga ?

Aris Christodoulou : L’indice Siga est un score scientifique qui permet d’évaluer le niveau de transformation des aliments. Il est issu de méthodologie scientifique que nous avons développée. L’indice Siga informe et éduque les consommateurs au « mieux manger pour mieux vivre ». Il permet de choisir les aliments les plus simples, les plus naturels, donc les moins transformés. 7 catégories ont été définies pour orienter les consommateurs.

Notre méthodologie apporte une réponse concrète aux nombreuses études sur le caractère délétère pour la santé de la consommation des aliments ultra-transformés. Notre approche nouvelle et globale de l’aliment peut bénéficier à tous les acteurs et parties prenantes de l’alimentation, professionnels de santé mais aussi fabricants, distributeurs et industriels et, enfin, permettre aux consommateurs de mieux choisir les aliments.

Siga est issu de la classification Nova élaborée par des chercheurs brésiliens. Qu’est-ce qui l’en démarque ?

Nova est un outil qui a été conçu par des épidémiologistes pour mener des études épidémiologiques. À l’origine du concept d’aliment ultra-transformés, cet outil a permis depuis 2009 d’améliorer les recommandations alimentaires d’instances internationales et gouvernementales. 

Nous avons adopté à la lecture de Nova une définition de l’ultra-transformation qui nous permet de qualifier un aliment d’ultra-transformé ou non. La méthodologie Siga est ainsi la toute première analyse en mesure d’appréhender l’aliment à l’échelle granulaire de l’ingrédient. Un aspect clé pour permettre aux industriels, distributeurs de (re)formuler, de sélectionner et de promouvoir les aliments au potentiel santé amélioré.

Que pensez-vous de cet autre indice nutritionnel qu’est le Nutri-score ?

Nous pensons que le Nutri-score est un puissant outil de sensibilisation à la nutrition qui a permis une première prise de conscience des consommateurs et de tous les acteurs de l’alimentation. Cependant, nous ne mangeons pas des nutriments mais des aliments.

Pour le dire autrement, nous percevons le Nutri-score comme l’image simplifiée d’un régime alimentaire idéal du point de vue nutritionnel (favoriser les fibres, diminuer le sucre, etc.). Appliqué au produit, cette approche nous semble réductrice car, par exemple, avec le Nutri-score tous les corps gras, pourtant nécessaires pour une bonne santé, sont mal notés. 

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Est-ce qu’un produit obtenant A ou B au Nutri-score est forcément bien noté par SIGA ?

Étant donné que le Nutri-Score se calcule à partir des données numériques de la table nutritionnelle et du taux de fruit et légumes mais ignore les procédés d’obtention des ingrédients, il n’intègre pas la notion d’ultra-transformation.

Si tous les aliments d’un supermarché étaient évalués via Nutri-Score et Siga, plus de la moitié des aliments présentés comme favorables nutritionnellement par le Nutri-Score seraient ultra-transformés (et donc mal notés par Siga). Sur les produits affichant aujourd’hui le logo du Nutri-score sur leur packaging, cette proportion est bien plus élevée.

De l’autre côté, nombre d’articles aux recettes peu ou simplement transformées se voit présentés comme défavorables par le Nutri-score car déséquilibrés nutritionnellement. Ce sont pourtant les meilleures recettes de leur rayons respectifs (des fromages, des biscuits, des graisses simples, des tablettes de chocolat, des charcuteries, etc.)

Combien d’aliments avez-vous analysés grâce à cet indice ? Peut-on, en tant que particuliers, avoir accès à ces données ?

Plus de 30 000 aliments ont été évalués scientifiquement par Siga. Les résultats de ces évaluations sont notamment disponibles dans les applications ScanUp et Franprix. À ma connaissance, Franprix est le premier distributeur au monde à avoir partagé une information telle avec les consommateurs. Nous avons déjà décerné des médailles à plus de 10 000 produits : ils correspondent aux meilleures recettes de leurs catégories respectives. Nous encourageons les consommateurs à les retenir dans le cadre de leurs achats alimentaires. Ils sont visibles dans les applications partenaires actuelles et futures.

Siga est déjà partenaire avec des distributeurs et des industriels. Pensez-vous que les industriels vont majoritairement s’emparer de cet outil pour améliorer leurs produits ? 

Nous constatons que le concept d’aliment ultra-transformé (AUT) est en train de s’imposer. Les études épidémiologiques se multiplient et présentent toutes des conclusions de corrélations entre la consommation de ces aliments et le développement d’un certain nombre de maladies chroniques. La consommation des AUT est associée à des sur-risques de mortalité, de cancer, d’obésité, des maladies chroniques telles que : addictionautisme, dépression, dyslipidémies, hypertension artérielle, maladie cardiovasculaire, microbiote, mortalité, prise de poids, syndrome de l’intestin irritable, syndrome métabolique.

C’est un fait, la diminution de leur consommation de 20% fait désormais partie des objectifs transverses du 4e Programme national nutrition santé ou PNNS 4.
Aujourd’hui, seul Siga est en mesure de traiter ce sujet de manière scientifique et exhaustive avec l’industrie. Je ne peux qu’encourager l’utilisation de nos services par ces opérateurs et ainsi proposer à leur clients une offre toujours plus qualitative qui permet à nos concitoyens de vivre mieux.

Quels sont les industriels qui ont déjà fait un pas dans ce sens ?

Nous travaillons déjà avec Franprix, avec Biocoop côté des distributeurs, sur leurs marques propres. Peu étonnant quand on connaît le souci de ces enseignes à sélectionner le meilleur pour leurs clients.

Côté industriel nous travaillons avec des start-up (Popote Compagnie, Funky Veggie), des PME (Philippe Wagner, Michel et Augustin, Tout feu tout frais) mais aussi des grands groupes (Marie, Savencia). Une partie de l’industrie, que je qualifierai d’alerte et consciente, s’empare du sujet.

Nous travaillons aussi sur les appels d’offres des collectivités (La Cuisine centrale des Lycées de Toulouse, le Siresco). À Toulouse, ce sont plus de 50 000 collégiens et lycéens qui mangent dans des cuisines pour lesquels Siga évalue la qualité des aliments référencés. Sur leur dernier appel d’offre (2 000 aliments) l’éclairage offert par nos services a permis de diminuer sur la sélection de 40% les substances à risque, de 20% les marqueurs d’ultra-transformation.

Pour aller plus loin : Vers une approche holistique de l’alimentation pour lutter contre les maladies chroniques (abonnés)


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