Cette maladie mentale suscite beaucoup de peurs injustifiées. Double personnalité, dangerosité, insertion dans la vie active… Le Pr Fabrice Berna, psychiatre, nous aide à démêler le vrai du faux à propos de la schizophrénie.

Santé mentale : 10 idées reçues sur la schizophrénie

La schizophrénie touche environ 600 000 personnes en France. Elle se déclare en général à la fin de l’adolescence. Le Pr Fabrice Berna, psychiatre au CHU de Strasbourg et co-coordinateur du réseau des Centres Experts Schizophrénie de la fondation FondaMental, démonte les idées reçues les plus fréquentes.

1- C’est une maladie héréditaire

« Le facteur héréditaire joue un rôle mais n’explique pas toute la maladie. De nombreux facteurs environnementaux augmentent le risque de schizophrénie. Ainsi la consommation de drogues ou de cannabis précipite l’entrée dans la maladie. D’autres facteurs de risque s’ajoutent à une vulnérabilité génétique : une infection ou un stress important en cours de grossesse, des violences pendant l’enfance… »

2- C’est la faute de la mère

« Cette théorie n’est pas fondée. Elle portait non seulement sur la schizophrénie mais aussi sur l’autisme. Elle a été complètement battue en brèche. Les seuls facteurs de risque liés à la mère sont des éléments médicaux (comme une infection au cours de la grossesse) qui n’ont rien à voir avec la relation entre une mère et son enfant. » 

3- Les schizophrènes ont une double personnalité

« Le trouble des personnalités multiples fait débat dans la communauté scientifique. On en parle dans des films et dans les médias, mais il n’a rien à voir avec la schizophrénie. Dans la schizophrénie, il n’y a pas d’alternances de personnalités. La maladie se caractérise par des délires, des hallucinations, un retrait social, une désorganisation du comportement et de la pensée, des difficultés à exprimer ses émotions, ou encore un manque de motivation. Les patients sont, d’ailleurs, souvent pris à tort pour des paresseux ; alors que leur manque de motivation n’est qu’un des symptômes de leur maladie. » 

4- Ils entendent des voix : on ne peut rien faire

« C’est vrai, les patients qui ont une schizophrénie entendent souvent des voix. Mais ce n’est pas spécifique à la schizophrénie. Beaucoup de gens ont eu l’impression d’être appelés par leur prénom et se sont retournés, alors qu’il n’y avait personne. Entendre des voix, ça se soigne bien par des médicaments, des thérapies cognitivo-comportementales ou encore la stimulation magnétique transcrânienne (rTMS). Un patient peut apprendre à les gérer avec le temps. Une association, le Réseau français sur l’entente de voix, a développé des techniques pour contrôler ces voix et apprendre à vivre avec. »

5- Les schizophrènes sont des fous dangereux

« La maladie mentale est évoquée à chaque fait-divers. Or, il est très injuste de faire porter cette étiquette aux patients. En réalité, moins de 5 % des crimes graves sont commis par des schizophrènes. C’est une idée reçue très stigmatisante pour eux. La maladie mentale augmente un peu le risque de comportement agressif, mais celui-ci est souvent lié à la consommation de drogues et d’alcool, et souvent limité au contexte familial. »

6- La schizophrénie ne se soigne pas

« C’est faux. L’efficacité des traitements antipsychotiques n’est plus à démontrer. Ils accélèrent la récupération des patients. En quelques semaines, on peut calmer les délires, les hallucinations et les angoisses que ces symptômes engendrent. L’hospitalisation n’est d’ailleurs pas systématique. Tout dépend de la précocité de l’intervention, du tissu social autour du patient et de la gravité des symptômes. » 

7- Sous médicaments, les patients sont assommés

« À fortes doses, les médicaments ont un effet sédatif. Mais, nous faisons tout pour ajuster la dose à la posologie minimale efficace, au plus tard une fois passée la phase aiguë. » 

8- Une psychothérapie ne sert à rien

« Dans la schizophrénie, il est difficile de suivre une psychothérapie dans la phase aigüe de la maladie. Mais lorsque les symptômes sont contrôlés, les psychothérapies sont très utiles pour accompagner les patients et les aider à vivre avec leur maladie. Certaines hallucinations ou délires résistants se soignent parfois mieux avec une psychothérapie qu’avec des médicaments. »

9- Ils ne peuvent ni étudier ni s’insérer dans la vie professionnelle

« C’est encore une idée reçue. Tout dépend du moment, dans le parcours de la personne, où la maladie se déclare. Si les premiers épisodes psychotiques surviennent alors que la personne a déjà fini ses études, ou est déjà dans l’emploi, on part sur une base d’acquis. Donc les possibilités de réinsertion sont plus importantes. A contrario, une maladie qui commence tôt a un impact plus lourd. Après la guérison des symptômes, notre travail c’est de permettre cette réinsertion. Il existe tout un éventail de possibilités d’accompagnement dans l’emploi, pour les patients qui le souhaitent. En France, nous avons encore des progrès à faire car le taux d’accès à l’emploi est relativement faible par rapport aux pays voisins. Mais plusieurs modèles se développent et permettent d’obtenir de bons résultats, jusqu’à 60 % d’accès à l’emploi après un entraînement spécifique (contre 10 à 20 % actuellement). »

10- La famille est impuissante

« Il est sûr que la famille est mise à rude épreuve. C’est une maladie que les parents vont devoir accompagner sur le long cours. C’est parfois très compliqué, notamment quand les patients n’ont pas conscience de leurs troubles ou refusent de prendre les médicaments. Mais il existe tout un ensemble de dispositifs qui sont là pour aider les parents. Cela va du groupe de paroles, qui permet de partager son expérience, à des formations plus directement adressées aux parents pour comprendre la maladie et interagir avec le proche malade. Le modèle de référence est Profamille. Ce programme diminue nettement le stress des aidants. Il leur permet d’apprendre des techniques pour communiquer de façon plus apaisée avec le patient. Plusieurs éléments de preuves, et les familles elles-mêmes, disent que ce programme est très utile. »

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Sylvie Dellus Pr Fabrice Berna, psychiatre au CHU de Strasbourg et co-coordinateur du réseau des Centres Experts Schizophrénie de la fondation FondaMental Article publié le


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