La mélatonine est présente dans tous les organismes vivants : plantes, être vivants vertébrés ou invertébrés, micro-organismes… Elle semble être l’un des signaux biologiques les plus primitifs apparus sur Terre. Chez l’homme, cette hormone est sécrétée essentiellement par la glande pinéale, appelée aussi épiphyse, une glande pas plus grosse qu’un petit pois située à la base du cerveau. Elle est produite la nuit (sa sécrétion est régulée par la lumière du jour), puis est transportée via le sang à l’ensemble des organes où elle entre facilement dans les cellules.

En vieillissant, la production de mélatonine diminue ce qui peut entraîner des troubles du sommeil mais aussi d’autres perturbations.
Si la mélatonine est de plus en plus utilisée sous forme de compléments alimentaires pour lutter contre le décalage horaire (jet-lag) ou les insomnies, elle est aussi très étudiée par les scientifiques pour d’autres indications : douleurs, cancer, vieillissement, maladies cardiovasculaires, diabète… mais aussi certaines maladies du cerveau dont celle d’Alzheimer.

Les liens entre mélatonine et maladie d’Alzheimer

Les personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer présentent des taux de mélatonines sanguins et dans le liquide cérébrospinal plus faibles que les personnes de même âge non malades. Et au fur et à mesure que la maladie progresse, le taux de mélatonine dans le liquide cérébrospinal décroît. 
Les rythmes biologiques des malades sont aussi très perturbés. Près de la moitié d’entre eux souffrent de trouble du sommeil et de « confusion crépusculaire », d’agitation et autres symptômes accrus dans l’après-midi et le soir. 

Grâce à ses propriétés antioxydantes, la mélatonine a un effet positif sur la protéine bêta-amyloïde que l’on retrouve en plaques dans le cerveau des malades d’Alzheimer. Dans la mesure où cette hormone semble aussi protéger le système cholinergique (perturbé dans la maladie d’Alzheimer) et de l’inflammation (impliquée dans cette maladie), elle semble intéressante a priori contre cette maladie. A minima pour resynchroniser les rythmes biologiques et au mieux prévenir les altérations neuronales des malades d’Alzheimer. Les essais cliniques existants confirment-ils ces promesses ?

Mélatonine contre Alzheimer : ce que disent les études

Plusieurs études, de durée variable (de quelques semaines à 3 ans), rapportent des améliorations de l’endormissement, parfois avec une diminution du nombre de réveils, une meilleure qualité du sommeil ou une diminution de la somnolence diurne et de l’agitation de fin de journée chez des patients se situant dans les stades précoces de la maladie. La mélatonine pourrait aussi limiter la détérioration cognitive mais les études sont moins concluantes sur ce point.

Une méta-analyse de 7 essais cliniques randomisés en double aveugle contre placebo (le must en termes de méthodologie et de niveau de preuves) a conclu en 2017 que la mélatonine avait un effet bénéfique sur le sommeil des malades mais aucun effet probant sur les symptômes cognitifs.

En conclusion, l’analyse des données des études cliniques indique que la mélatonine est surtout utile pour améliorer le sommeil des patients et réduire leur éventuelle agitation de fin de journée. Elle pourrait peut-être aussi constituer un outil thérapeutique complémentaire pour les troubles cognitifs légers ou les premiers stades de démence. Cependant, son intérêt dans la prévention et la progression de la maladie d’Alzheimer n’est pas démontré.

En pratique

La mélatonine est une substance naturellement produite par le corps et son utilisation en complément s’avère plutôt sûre, avec de très rares cas d’effets indésirables (irritabilité, somnolence, rêves atypiques, hypertension, vertiges, anxiété…).

Les doses utilisées dans les études se situent entre 2 mg de mélatonine à libération prolongée par jour à 10 mg de mélatonine normale. Au-delà de 2 mg, il faut cependant obligatoirement prendre un avis médical. De manière générale, il vaut mieux toujours s’assurer que la prise de mélatonine est compatible avec celle des médicaments déjà prescrits.

Deux livres pour aller plus loin : Indispensable mélatonine et La fin d’Alzheimer

Sources :
Shukla M, Govitrapong P, Boontem P, Reiter RJ, Satayavivad J. Mechanisms of Melatonin in Alleviating Alzheimer’s Disease. Curr Neuropharmacol. 2017;15(7):1010-1031. doi: 10.2174/1570159X15666170313123454. Review. 
Lin L, Huang QX, Yang SS, Chu J, Wang JZ, Tian Q. Melatonin in Alzheimer’s disease. Int J Mol Sci. 2013 Jul 12;14(7):14575-93. doi: 10.3390/ijms140714575. Review.
Zhou J.N., Liu R.Y., Kamphorst W., Hofman M.A., Swaab D.F. Early neuropathological Alzheimer’s changes in aged individuals are accompanied by decreased cerebrospinal fluid melatonin levels. J. Pineal Res. 2003;35:125–130.
Rosales-Corral SA, Acuña-Castroviejo D, Coto-Montes A, Boga JA, Manchester LC, Fuentes-Broto L, Korkmaz A, Ma S, Tan DX, Reiter RJ : Alzheimer’s disease: pathological mechanisms and the beneficial role of melatonin. J Pineal Res. 2012 Mar; 52(2):167-202.
Wang YY, Zheng W, Ng CH, Ungvari GS, Wei W, Xiang YT. Meta-analysis of randomized, double-blind, placebo-controlled trials of melatonin in Alzheimer’s disease. Int J Geriatr Psychiatry. 2017 Jan;32(1):50-57. doi: 10.1002/gps.4571.


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