Brigitte Karleskind : Parlez-moi des études que vous avez faites chez l’homme avec Akkermansia.

Professeur Patrice Cani* : Nous avons démontré, chez l’animal de laboratoire, qu’elle avait des effets intéressants sur la fonction barrière, sur l’insulino-résistance, le développement de la maladie grasse, le foie gras, etc.
Avec mes collègues des cliniques universitaires Saint-Luc et le professeur Willem de Vos, nous avons défini une étude qui a commencé au début de l’année 2016 et s’est terminée en février 2018. C’est une toute petite étude pilote qui s’est faite en aveugle et contrôlée par placebo et qui visait d’essayer d’être scientifiquement la plus irréprochable.
Pour la première fois, nous avons administré Akkermansia à des volontaires, tous en surpoids ou obèses et insulino-résistants. Ils avaient donc un syndrome métabolique, mais étaient tous naïfs en termes de traitement. Le premier objectif était de vérifier la faisabilité, sur le plan de la sécurité, d’administrer Akkermansia.

Au bout de quinze jours de prise quotidienne de 10 milliards de bactéries, nous avons analysé toute une série de paramètres comme la formule sanguine, la fonction hépatique, rénale, musculaire. L’administration de la bactérie s’est révélée sans danger pour la santé. Nous avons ensuite continué l’étude jusqu’à trois mois d’administration quotidienne. Les résultats confirment le profil de sécurité lié à l’ingestion d’Akkermansia.

B.K. : Sur combien de personnes ?

Pr P.C. : Nous avons terminé avec de dix à treize sujets par groupe : placebo, Akkermansia vivante, Akkermansia pasteurisée. La raison de l’utilisation d’Akkermansia pasteurisée vient d’une découverte réalisée par hasard chez la souris de laboratoire. Nous avons remarqué qu’Akkermansia pasteurisée, donc inactivée, était plus efficace que vivante.

Bien que le but de l’étude soit de voir s’il est possible d’administrer Akkermansia chez l’humain et si le profil de sécurité est correct, nous avons analysé toute une série de paramètres et les résultats sont super encourageants.
En effet, le but n’est pas du tout de traiter l’obésité avec Akkermansia. Nous espérons cependant pouvoir limiter les risques, et l’augmentation de certains facteurs de risques de maladies cardiovasculaires. 

Avec cette première étude, qui vient d’être publiée , nous avons une preuve qu’elle peut avoir des effets bénéfiques sur la santé des volontaires. Nous réfléchissons maintenant à la réalisation d’une étude à plus large échelle, cette fois-ci, en vue de démontrer l’efficacité sur un plus grand nombre de personnes. C’est-à-dire vérifier si, effectivement, dans une cohorte plus large de sujets volontaires en surpoids ou obèses, une prise en charge nutritionnelle plus Akkermansia sous forme de complément alimentaire pourrait, par exemple, avoir des effets intéressants sur la sensibilité à l’insuline, sur la fonction barrière de l’intestin, sur la cholestérolémie, et sur toute une série de paramètres que nous avons observés dans l’étude pilote tout comme chez l’animal comme étant vraiment bien améliorés. 

B.K. : Allons-nous retrouver prochainement Akkermansia dans des compléments alimentaires ?

Pr P.C. : Oui, sans doute d’ici 2021. Son développement est en cours dans une spin-off de l’UCLouvain qui s’appelle A-Mansia Biotech. Celle-ci travaille actuellement sur les processus de mise sur le marché dans le cadre de la procédure de « Novel Foods ».

Retrouvez l’intégralité de cet entretien dans le n°18 du magazine Nature Sciences Santé (format papier ou PDF). Le magazine Nature Sciences Santé est édité par le site www.nature-sciences-sante.eu, un site d’information indépendant sur les compléments alimentaires (ou alicaments), les extraits de plantes et le rôle qu’ils peuvent jouer pour la santé et le bien-être.

*Le professeur Patrice Cani est maître de recherche FNRS (Fonds pour la recherche scientifique)  et travaille dans l’unité métabolisme et nutrition du Louvain Drug Research Institute de l’UCLouvain, l’université catholique de Louvain, en Belgique.  Les chercheurs de cette unité essayent de comprendre comment les bactéries qui se trouvent dans notre intestin communiqueraient avec nos propres cellules et interféreraient avec le développement de maladies métaboliques telles que l’obésité ou le diabète de type II. Ils cherchent également à savoir comment il serait possible, en manipulant ce dialogue, voire ces bactéries, d’améliorer la santé des personnes. 


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