Pourquoi c’est important

La maladie de Lyme est liée à l’infection par la bactérie Borrelia burgdorferi, transmise par la morsure de tiques. En France, d’après le ministère des Solidarités et de la Santé, il y a eu 26 000 nouveaux cas de maladie de Lyme en 2014. Sous l’effet du réchauffement climatique, les tiques deviennent fréquentes dans des régions auparavant épargnées, rendant la menace de la maladie de Lyme de plus en plus importante.

Après une morsure de tique, un érythème migrant peut apparaître sur la peau. Si l’infection n’est pas traitée, elle risque de se propager à d’autres tissus : cœur, système nerveux, articulations… À long terme, des symptômes peuvent persister, avec notamment des douleurs articulaires : c’est l’arthrite de Lyme, qui touche souvent le genou. Chez certains patients, les antibiotiques sont inefficaces contre ces symptômes.

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Une hypothèse est que ces symptômes à long terme résultent d’une réaction de l’organisme à des composants de Borrelia burgdorferi. Pourtant cette bactérie ne produit pas de toxines particulières. Une autre molécule est-elle impliquée ?

Ce que montre l’étude

À l’université de Virginia Tech aux Etats-Unis, le biochimiste Brandon Jutras a découvert un composé cellulaire qui contribue à l’arthrite de Lyme : le peptidoglycane, un composant majeur de la paroi des bactéries. Comme son nom l’indique, le peptidoglycane est une molécule composée de chaînes de glycane reliées par de petits peptides.

La bactérie Borrelia burgdorferi ne possède pas les protéines permettant de recycler le peptidoglycane dans la cellule. Elle libère donc dans le milieu des fragments de peptidoglycane, des muropeptides, au cours de sa multiplication et de sa croissance. Le peptidoglycane de Borrelia est reconnu comme étant une molécule étrangère par le système immunitaire, ce qui provoque une réaction inflammatoire de l’organisme.

Le scientifique a reçu l’aide d’Allen Steere, un professeur de rhumatologie de l’université de Harvard qui a identifié la maladie de Lyme dans les années 1970. Les échantillons utilisés pour cette recherche provenaient de patients chez qui la maladie de Lyme a été confirmée, mais qui ne répondaient pas tous aux traitements antibiotiques.

Le peptidoglycane a été détecté dans le liquide synovial des articulations de 94 % des patients (32 sur 34). Ce liquide contenait aussi des molécules pro-inflammatoires, typiquement celles qui sont produites quand le système immunitaire réagit contre le peptidoglycane. La présence de peptidoglycane dans le liquide synovial pourrait expliquer pourquoi les patients souffrent toujours de symptômes. 

Les chercheurs ont purifié le peptidoglycane et l’ont administré à des souris, ce qui a provoqué une arthrite chez les animaux. On peut penser que lorsque des bactéries Borrelia meurent, elles laissent du peptidoglycane dans leur environnement. Comme le peptidoglycane persiste dans le liquide synovial des articulations, la réaction inflammatoire se prolonge dans le temps. En fonction des prédispositions génétiques des individus, certains pourraient répondre plus fortement que d’autres à cette molécule.

D’après Brandon Jutras, qui a publié les résultats de l’étude dans la prestigieuse revue PNAS,« cette découverte aidera les chercheurs à améliorer les tests de diagnostic et pourrait conduire à de nouvelles options de traitement pour les patients souffrant d’arthrite de Lyme ». En effet, pour le diagnostic de la maladie, il faudrait chercher la présence de peptidoglycane dans le liquide synovial, au niveau des articulations des patients.

« Nous pouvons réellement détecter du peptidoglycane dans le liquide synovial des articulations touchées et enflammées de patients présentant tous les symptômes de l’arthrite de Lyme mais ne présentant plus d’infection évidente et active. » Une petite révolution quand on connaît les polémiques actuelles sur la fiabilité des tests de détection de la maladie de Lyme…

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L’équipe de Brandon Jutras envisage plusieurs pistes de traitement de la maladie de Lyme : en détruisant le peptidoglycane bactérien, ou bien en empêchant la réaction inflammatoire de l’organisme.

En pratique

Pour éviter de vous faire piquer par une tique, mieux vaut prendre quelques précautions. Sachez que les tiques sont présentes du printemps à l’automne, dans les forêts, les prairies, les herbes hautes, à la campagne comme à la ville, en-dessous de 1500 m d’altitude. Soyez particulièrement attentifs en randonnée et lors de vos promenades en forêt. Pour limiter le risque de vous faire mordre, portez des vêtements couvrants sur vos jambes et vos bras, ainsi que des chaussures fermées, et marchez sur des sentiers dégagés.

De retour chez vous, inspectez votre corps. Surveillez aussi vos animaux de compagnie, chiens et chats. Si vous trouvez une tique sur votre corps ou celui de votre animal, retirez-la à l’aide d’un tire-tique. Si vous voyez apparaître un érythème migrant ou d’autres symptômes après une piqûre de tique, consultez votre médecin.

Des livres pour aller plus loin : Lyme – les solutions naturelles et Soigner Lyme et les maladies chroniques inexpliquées


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