À partir de 6 mois il est recommandé d’arrêter une alimentation exclusivement lactée et d’introduire peu à peu des aliments : c’est le moment de la diversification, une période pleine d’appréhension pour tous les parents. Quels aliments introduire ? Quand ? Comment ? En quelle quantité ?
La DME semble répondre à tous ces questionnements en laissant une place pour la décision de bébé ! Cette nouvelle pratique peut a priori simplifier le quotidien des parents pour la diversification et développer les capacités sensorielles de bébé en lui proposant des goûts, des couleurs et des textures variées.
La DME peut débuter à partir de 6 mois, en suivant les recommandations officielles d’introduction des aliments. Le principe ? Proposer à l’enfant des aliments entiers (mais découpés) qu’il pourra manger sans l’aide d’un adulte mais toujours sous surveillance, bien sûr. On est loin des purées lisses et petits pots pour bébés !

La DME en un clin d’œil

À ce jour il n’existe pas de recommandation officielle quant au protocole à suivre. Quelques indications peuvent cependant aider les parents dans leur démarche :

  • L’enfant doit se tenir assis, dans les bras d’un adulte ou dans une chaise haute.
  • Le repas doit être pris dans le calme, les parents peuvent aussi partager le repas avec l’enfant qui les imitera.
  • La présence d’un adulte est obligatoire. Les premiers repas, il est préférable que seuls les parents pratiquent la DME.
  • L’enfant doit choisir ses aliments et les porter seul à sa bouche.
  • Il est préférable de lui proposer une unique texture lors d’un repas pour éviter le risque de confusion pendant la mastication pouvant conduire à une fausse route. Proposez un ou deux aliments à la fois au début.
  • De même les aliments coupés en batônnets de la taille de sa paume et blanchis 5 minutes à la vapeur sont conseillés pour qu’il puisse les tenir et les mastiquer facilement.
  • Les aliments petits, ronds, et avec de fines peaux sont à éviter.
  • Il est conseillé d’humidifier les aliments trop secs avec du bouillon ou des matières grasses.

La DME, un processus instinctif ?
« Ma fille a débuté la diversification alimentaire vers ses 6 mois. Elle était exclusivement allaitée et, peu de temps avant que je décide de lui proposer d’autres aliments, elle a manifesté un intérêt pour ce que je mangeais en particulier les pommes, les poires et les bananes que je dégustais pour le goûter pendant qu’elle tétait. Elle a commencé à tendre les mains vers ce que je mangeais. J’ai alors voulu écouter les conseils du pédiatre qui suivait ma fille en lui proposant des aliments cuits en purée (et mesurés au gramme près) ou des petits pots. Ma fille n’en a jamais voulu. En revanche, elle a attrapé un morceau de poire et l’a porté à sa bouche. À partir de là, elle n’a mangé que des aliments en morceaux et encore aujourd’hui elle m’observe manger et aime découvrir ce que j’aime. Plus de 6 mois après la diversification de ma fille j’ai attendu parler de la DME et je dirais que pour réussir la diversification il faut être à l’écoute de son enfant, lui faire confiance et se faire confiance. » Céline P-C

Quels sont les bénéfices de la DME ?

La DME augmente la durée des repas par rapport à la diversification classique, mais les bénéfices qu’on peut en tirer seraient nombreux :
– Elle permettrait d’affiner la coordination œil-main-bouche ainsi que la préhension (action de prendre un objet), déjà sollicitée durant les premiers mois. Le développement psychomoteur sera motivé par les gestes que l’enfant devra faire pour parvenir à manger, il apprendra alors à se servir de ses mains et de certains petits muscles de ses doigts pour effectuer des gestes précis ce qui développera sa motricité fine.
– En laissant l’enfant décider quand son repas est terminé, sans influencer ses sensations de faim et de satiété, il cultivera la conscience de ses besoins et de ses sensations physiologiques (1). Cela pourra lui éviter toutes sortes de troubles alimentaires liés au conditionnement que l’on acquiert durant l’enfance. L’important est de lui proposer des aliments variés et de bonne qualité nutritionnelle pour que son alimentation soit riche en nutriments essentiels.
– La mastication est l’une des compétences que le bébé va acquérir très vite grâce à la DME. Outre l’apprentissage du goût et la formation de la mâchoire déjà favorisée par l’allaitement (s’il y a eu allaitement), l’enfant va intégrer une mastication lente qui lui évitera plus tard des troubles digestifs mais aussi des carences. 

La DME est-elle risquée ?

La DME peut provoquer des appréhensions chez certains parents, notamment la peur d’une fausse route ou d’un étouffement. De récentes études ont montré que la DME en tant que telle ne représente pas un plus grand risque d’étouffement que la diversification classique (5)(6). Les bébés possèdent un réflexe de régurgitation qui les protège de l’étouffement, et qui est d’autant plus présent chez les enfants qui pratiquent la DME.
La crainte que l’enfant développe des carences en choisissant souvent le même type d’aliments est partiellement justifiée : en effet les études divergent à ce sujet (2)(3)(4). Pour éviter certaines carences, il est important de garder en tête les besoins nutritionnels spécifiques de l’enfant notamment en fer et en zinc (7). Mais à cet âge les aliments solides ne représentent qu’une partie des apports nutritionnels, l’autre étant représentée par le lait maternel ou maternisé. A priori, l’équation lait (maternel ou maternisé) + aliments solides garantit l’absence de carences.

Enfin, les parents s’interrogent souvent, et légitimement, sur l’ampleur du ménage à effectuer après le repas et le gaspillage que peut entraîner ces expériences culinaires. Cela peut être un peu difficile au début, mais il existe de bons guides et au fil des jours les parents intègrent, semble-t-il, les bonnes pratiques d’une part pour se faciliter la tâche et d’autre part pour pratiquer cette démarche en toute sécurité.
Dans la DME, il est important de savoir redonner la place aux décisions intuitives de l’enfant. Cependant si la peur rend le repas difficile, il est conseillé de consulter un professionnel compétent qui accompagnera les parents dans leur démarche (ou de suivre une diversification classique).

Sources
1. BROWN A., LEE, M. Early influences on child satiety-responsiveness : the role of weaning style. Pediatric Obesity, 2013, 10, p. 57-66.
2. Rowan H., Lee M., Brown A. (2019). Differences in dietary composition between infants introduced to complementary foods using Baby-led weaning and traditional spoon feeding. J Hum Nutr Diet. 32,11-20
3. Morison BJ, Taylor RW, Haszard JJ, et al. How different are baby-led weaning and conventional complementary feeding ? A cross-sectional study of infants aged 6–8 months. BMJ Open 2016 ;6:e010665.
4.Daniels L, Taylor RW, Williams SM, et al.  Impact of a modified version of baby-led weaning on iron intake and status : a randomised controlled trial.BMJ Open 2018;8:e019036
5. Fangupo LJ, Heath AM, Williams SM, et al. A Baby-Led Approach to Eating Solids and Risk of Choking. Pediatrics. 2016 ;138(4):e20160772
6. Brown A. (2018) No difference in self-reported frequency of choking between infants introduced to solid foods using a baby-led weaning or traditional spoon-feeding approach. J Hum Nutr Diet. 31, 496–504
7. Bernard BRANGER. RECOMMANDATIONS POUR LA DIVERSIFICATION ALIMENTAIRE DU NOURRISSON ALLAITÉ AU COURS DE LA 1ÈRE ANNÉE. COFAM, 1er décembre 2017 :
https://www.coordination-allaitement.org/images/informer/cs_cofam_divers…


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