Pourquoi c’est important 

Les maladies chroniques non transmissibles (maladies cardiovasculaires, diabète, etc.) sont devenues le fléau de notre époque. Le problème, c’est qu’elles sont très souvent multifactorielles et qu’il est donc difficile d’appréhender toutes leurs causes.

Récemment, une étude parue dans la revue Science Translational Medicine a mis en évidence un mécanisme biologique entre l’acide propionique (E280 pour les intimes) et d’autres dérivés du propionate et certains marqueurs caractéristiques du développement de maladies telles que le diabète et l’obésité. Détails.

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Les études 

Chez l’animal

L’impact métabolique de l’acide propionique est connu depuis 1912 grâce à des expériences menées sur des chiens. Depuis ces dernières, il est suspecté d’accroître la glycémie en se convertissant rapidement en glucose dans l’organisme (sa structure moléculaire étant très proche de ce dernier). Grâce à des études plus récentes sur des rats, on sait que c’est surtout son action activatrice sur une enzyme (la pyruvate déshydrogénase) qui est responsable de cette hyperglycémie. Les chercheurs à l’origine de la nouvelle étude ont voulu creuser les effets métaboliques de l’acide propionique notamment sur la glycémie, la sécrétion d’hormones liées au métabolisme du glucose telles que l’insuline et le glucagon, la concentration plasmatique de certaines protéines et celles de certains messagers chimiques du cerveau.

 Voilà ce que révèle leur expérience sur les souris : 

  • L’acide propionique accroît significativement la concentration de glucagon et d’une protéine présente dans les adipocytes se liant aux acides gras (FABP 4) qualifiée ici de méta-inflammatoire (c’est-à-dire qu’elle activerait une cascade de réactions qui engendrerait in fine une inflammation) comparé au pyruvate (le produit final de la glycolyse ou plus simplement de la “combustion” du glucose en énergie).
  • Cela expliquerait le pic glycémique significativement plus élevé observé après l’ingestion d’acide propionique.
  • Les souris privées de récepteurs à ces protéines ont une glycémie normale après l’ingestion l’acide propionique.
  • Tous ces effets seraient engendrés en amont via l’activation du système nerveux sympathique par l’acide propionique.

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Chez l’homme

Une seule étude antérieure avait rapporté une augmentation de l’insuline postprandiale (post-repas) en comparant un groupe consommant du pain sans/avec acide propionique. Là aussi les chercheurs ont voulu aller plus loin. Ils voulaient savoir si ce qu’ils avaient observé chez la souris se vérifiait aussi chez l’être humain. Les investigateurs ont donc recruté des participants et leur ont fait consommer un repas mixé enrichi ou non en acide propionique.

Voilà ce que révèle cette expérience sur l’homme : 

  • Un pic glycémique significativement plus important avec le repas enrichi acide propionique.
  • Une augmentation de la sécrétion de glucagon, d’insuline et de la même protéine méta-inflammatoire avec le repas enrichi en acide propionique.
  • Une stimulation accrue du système nerveux sympathique via la sécrétion de norépinephrine avec le repas enrichi en acide propionique.

En somme, les résultats sont similaires à ceux obtenus chez les souris, bien que moins significatifs statistiquement. Selon les auteurs, les effets observés peuvent conduire à une insulinorésistance sur le long terme même s’ils précisent que leur étude n’établit pas de relation causale entre la consommation alimentaire chronique d’acide propionique et le diabète ou l’obésité. 

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En pratique 

L’acide propionique est un acide gras à courte chaîne. Il est surtout présent dans les fromages et les pains ultra transformés ou non traditionnels afin d’éviter les moisissures. Il est également produit de manière endogène par nos bactéries dans le colon suite à l’ingestion de fibres. Dans ces cas-là, il semble avoir une action bénéfique comme l’ensemble des acides gras à courte chaîne.

Les maladies métaboliques sont multifactorielles, inutile donc de vous alarmer. Pour les prévenir, des paramètres plus importants sont à surveiller : 

  • Limiter les aliments ultra transformés (en général, pas uniquement ceux où l’acide propionique pourrait se cacher).
  • Avoir une activité physique plus ou moins intense et régulière.
  • Avoir un sommeil qualitatif et suffisament long.
  • Apprendre à gérer son stress

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