Le nouvel Eldorado de l’industrie pharmaceutique s’appelle maladie du foie gras. Les grands groupes pharmaceutiques comme les sociétés de biotechnologie sont lancés dans une course pour développer et commercialiser des traitements de cette maladie, l’un des rares domaines pour lesquels n’existe encore aucun médicament. Près de deux cents molécules sont en phase d’essai. Il faut dire que le marché, alimenté par l’explosion mondiale d’obésité et de diabète, est évalué entre 20 et 35 milliards de dollars.

La maladie du foie gras ou NAFLD (stéatose hépatique non alcoolique) est une infiltration du foie par les graisses qui dans un tiers des cas évolue vers un stade appelé NASH (stéatohépatite non alcoolique), plus sérieuse, avec un risque de cirrhose du foie et d’évolution vers un cancer. 

Le Danois Novo Nordisk et l’Américain Gilead viennent d’annoncer leur intention de tester une association entre un médicament contre le diabète (Ozempic) et deux molécules en développement (cilofexor et firsocostat). Ils ne sont pas les seuls : le Français Genfit attend pour la fin de l’année 2019 les résultats de phase III de son elafibrinor, un médicament pour lequel il a levé 135 millions de dollars tandis que l’Américain Intercept développe un médicament appelé Ocaliva. 
Merck & Co, Bristol-Myers, Johnson & Johnson sont eux aussi en lice, de pair avec des sociétés plus petites comme Galectin, Galmed, Enanta, Durect ou encore Tiziana. 

Efficacité douteuse

S’il ne fait pas de doute que des médicaments finiront par être autorisés pour traiter la maladie du foie gras, les succès tardent à se dessiner. Gilead a d’ores et déjà enregistré un échec avec son médicament, dans l’étude Stellar-3 qui ciblait des patients à un stade modéré (F3) de fibrose hépatique : après 48 semaines, 9,3% des patients traités avec une dose de 18 mg ont connu une amélioration, contre 12,1% à la dose de 6 mg.

Problème : dans le groupe placebo, l’amélioration était de 13,2%. Juste avant un nouvel appel de fonds, Intercept a présenté le 11 avril 2019 les résultats de son étude Regenerate sous le jour le plus favorable (30% de réponse positive sur les fibroses), mais sans faire illusion puisque le taux d’amélioration spontanée, sans médicaments, est déjà de 20% chez les patients pré-symptômatiques visés par le médicament. La question de la sécurité de ces molécules et de leur coût est elle aussi posée.

Changer de mode de vie

Alors que les grands groupes pharmaceutiques considèrent la NASH comme un nouveau gisement énorme de bénéfices futurs, patients et médecins doivent savoir qu’il existe d’ores et déjà un traitement efficace de la maladie du foie gras, sans effets secondaires ni coût pour l’assurance maladie : changer de mode de vie. De très nombreuses études ont déjà montré que la maladie peut être stabilisée ou inversée en changeant d’alimentation et en pratiquant une activité physique régulière, comme c’est aussi le cas pour le diabète ou l’obésité.

A lire : Le régime NASH contre la maladie du foie gras


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