Pourquoi c’est important

Les infections fongiques, ou mycoses, sont souvent causées par Candida albicans, un champignon microscopique. Cette levure est impliquée dans de nombreuses pathologies, des infections de la peau, des mycoses vaginales, mais aussi des affections respiratoires.

Chez les personnes dont le système immunitaire est en berne (immunodéficience), les champignons sont responsables d’infections opportunistes particulièrement graves. Les candidoses sont aussi des infections nosocomiales redoutées à l’hôpital. Quand le Candida se dissémine dans tout l’organisme, il conduit à une candidose systémique, une pathologie mortelle avec une mortalité de l’ordre de 40 %, d’après l’Institut Pasteur.

Lire : Qu’est-ce que la candidose chronique ?

Pour David Corry, professeur d’immunologie au Baylor College of Medicine à Houston, « Un nombre croissant d’observations cliniques effectuées indiquent que les champignons deviennent une cause plus fréquente de maladies allergiques des voies respiratoires supérieures telles que l’asthme, ainsi que d’autres conditions telles que le sepsis, une maladie potentiellement mortelle causée par la réponse du corps à une infection. »

D’après lui, les infections fongiques qui causent des allergies respiratoires et des chocs septiques sont aussi associées à un risque plus important de développer une démence ultérieurement. D’où la question : les champignons Candida albicans peuvent-ils pénétrer dans le cerveau ? Normalement cet organe est protégé par ce qu’on appelle la barrière hémato-encéphalique : les cellules des vaisseaux sanguins sont particulièrement resserrées dans cette zone pour éviter les « fuites » de pathogènes et de molécules toxiques dans le cerveau.

Ce que montre l’étude

Dans cette étude parue dans la revue Nature Communications, les chercheurs ont créé un modèle murin pour l’étude des candidoses. Chez la souris, les infections graves à Candida sont mortelles. Mais les scientifiques voulaient induire une infection plus faible et transitoire. Après avoir testé différentes quantités de champignons, ils ont choisi d’utiliser une dose de 25 000 levures, qu’ils ont  injectée dans le sang des souris.

Résultat : les micro-organismes traversaient la barrière hémato-encéphalique. De plus, les levures ont déclenché l’activité de la microglie, un type de cellules immunitaires présentes dans le cerveau. Les cellules microgliales se sont mises à « manger » les levures, et à produire des molécules induisant une réponse inflammatoire. Les levures étaient capturées dans une sorte de structure granulaires que les scientifiques ont appelée “granulome glial induit par un champignon”.

Les chercheurs ont fait passer aux animaux des tests pour évaluer leur mémoire : les souris infectées présentaient des troubles dans leur mémoire spatiale, mais ont retrouvé toutes leurs fonctions quand l’infection est passée. Il fallait 10 jours pour que les souris guérissent de la candidose, mais la microglie restait active  et les granulomes présents plus longtemps, environ 21 jours.

Les chercheurs ont aussi observé que, quand les granulomes se formaient, des protéines précurseuses de l’amyloïde s’accumulaient autour des levures capturées dans les granulomes. Or les amyloïdes sont des protéines présentes dans les plaques séniles de la maladie d’Alzheimer. « Les résultats nous ont incités à envisager la possibilité que, dans certains cas, les champignons puissent également être impliqués dans le développement de maladies neurodégénératives chroniques telles que la maladie d’Alzheimer, la maladie de Parkinson et la sclérose en plaques. »

Récemment, une autre étude a trouvé un lien entre des troubles de la mémoire chez des personnes âgées et la rupture de la barrière hémato-encéphalique.

En pratique

Pour le Dr Bredesen, l’auteur de La fin d’Alzheimer, la barrière hémato-encéphalique peut se dégrader avec l’âge et les infections, notamment celles dues à des champignons, sont responsables d’un des trois types de maladie d’Alzheimer qu’il a identifiés avec son équipe. Les résultats de cette étude le confirment et suggèrent qu’en se libérant des candidoses, on protège aussi son cerveau.

Généralement, les mycoses se traitent par des médicaments antifongiques. Mais il est aussi possible d’agir sur le Candida autrement. Ce champignon est normalement présent dans l’organisme, et « sous contrôle », mais s’il prolifère trop il peut conduire à des symptômes. Par exemple, un traitement antibiotique, qui déstabilise la flore bactérienne, peut favoriser des mycoses. De plus, le champignon se nourrit de glucose. Il faut donc limiter ses apports en sucres pour maîtriser la candidose .


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